Climat : la Maison-Blanche veut saboter des satellites spécialisés

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Climat : la Maison-Blanche veut saboter des satellites spécialisés © Armees.com

Deux satellites climatologiques parmi les plus performants de la NASA sont en sursis. Ordre venu d’en haut. Une décision politique, mais aux répercussions stratégiques bien réelles.

Des satellites essentielles au climat

Les deux satellites visées (OCO-2 et OCO-3) sont bien plus que des instruments scientifiques. Elles servent à cartographier en temps réel les concentrations de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère terrestre, tout en mesurant la photosynthèse à l’échelle globale.
Ce double rôle permet aux chercheurs, aux institutions agricoles et aux agences gouvernementales d’anticiper les impacts directs du réchauffement climatique : stress hydrique, dégradation des rendements agricoles, épuisement des sols. Ces données sont aussi utilisées pour prévoir les zones à risque de crise alimentaire, détecter des déséquilibres écologiques régionaux et, in fine, éviter des tensions sociales et politiques. « C’est une question de sécurité nationale », a résumé David Crisp, concepteur des deux instruments, cité par Futurism et NPR.

Les instructions sont claires : la NASA doit préparer la fin de ces deux missions, malgré leur efficacité toujours intacte. L’OCO-2, en orbite indépendante, serait désorbité. L’OCO-3, fixé à la Station spatiale internationale, cesserait ses relevés.
Pourtant, selon une évaluation interne réalisée par la NASA en 2023, les deux satellites livrent des données d’une qualité exceptionnelle. L’agence avait recommandé de prolonger leur activité pour au moins trois ans supplémentaires.
Leur coût ? 15 millions de dollars par an, soit environ 13,8 millions d’euros. Une fraction négligeable dans les 25,4 milliards de dollars du budget annuel de l’agence. « Cela n’a aucun sens économique », a dénoncé David Crisp.

Climat, crises et instabilité : un lien direct

C’est là que l’enjeu dépasse la science. Les données de ces satellites sont utilisées pour modéliser les futures zones de tension climatique, où les terres arables se raréfient, les ressources s’épuisent, et les populations se déplacent. Ces outils permettent donc d’anticiper certains facteurs de conflits. Leur suppression, au-delà du préjudice scientifique, prive les analystes stratégiques d’indicateurs globaux de prévention.
Agriculture fragilisée, migration forcée, gestion des catastrophes naturelles : sans ces capteurs, les États-Unis renoncent à un morceau clé de leur système d’alerte géopolitique. D’autant que les OCO sont les seules missions fédérales dédiées au suivi précis des gaz à effet de serre.

Officiellement, l’administration Trump n’a pas justifié cette décision. Mais les critiques fusent, notamment du côté du Congrès. La représentante Zoe Lofgren a parlé d’un choix « catastrophique », susceptible de contourner les crédits budgétaires déjà votés pour 2025.
Face à cette situation, le Sénat a proposé un contre-budget qui maintient les financements actuels et rejette ces coupes. Le bras de fer est engagé. Mais pour les scientifiques, le temps presse : la désactivation pourrait devenir irréversible si la trajectoire est maintenue.

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