Depuis le début de la guerre en Ukraine, la France cherche à renforcer sa capacité de défense. Pour franchir un nouveau cap, les fonds de private equity ont désormais la possibilité d’y investir. Ces instruments financiers permettent de financer des sociétés non cotées en Bourse.
Les fonds de private equity vont financer l’effort de défense
Un cap inédit a été franchi dans le financement de la défense française. Pour la première fois, les armées font appel de manière structurée aux fonds de private equity afin de soutenir leur effort industriel. Cette mutation intervient dans un contexte géopolitique instable, où l’État cherche à réduire au maximum sa dépendance pour préserver sa souveraineté militaire et technologique.
Traditionnellement, les crédits militaires proviennent des budgets publics. Mais face à des besoins croissants, cette logique atteint ses limites. Pour soutenir l’industrie de la défense, la France a décidé d’intégrer un nouveau canal de financement : celui du capital-investissement non coté.
L’État ne se désengage pas pour autant. Il cherche à mutualiser les efforts avec des investisseurs prêts à s’impliquer dans des secteurs jugés stratégiques, comme l’aéronautique ou la cybersécurité. Plus de 80 % des fonds de private equity présents en France ont été sollicités ou impliqués dans cette dynamique, selon plusieurs sources médiatiques. Ce mouvement s’appuie sur une série d’initiatives, comme Definvest, fonds public-privé lancé en 2017.
En juin 2025, un nouveau fonds a vu le jour : Tikehau Défense et Sécurité (TDS). Doté initialement de 150 millions d’euros, il vise à soutenir les entreprises européennes actives dans la défense, la cybersécurité et l’innovation duale. Ce véhicule d’investissement est ouvert aux particuliers via l’assurance-vie et l’épargne retraite.
Lancé par Tikehau Capital, avec le soutien de trois partenaires, Société Générale Assurances, CNP Assurances et le groupe CARAC, ce fonds repose sur une logique de long terme : 99 ans de durée de vie, mécanisme d’investissement « evergreen », flexibilité de rachat tous les 15 jours. Il ambitionne d’allier rendement financier et impact stratégique pour la souveraineté industrielle européenne.
Vers une industrie militaire financée par les marchés ?
Ce repositionnement des armées vers un modèle d’investissement partagé soulève plusieurs questions. Le recours au private equity renforce l’agilité financière de l’écosystème de défense, mais expose aussi ces secteurs à des logiques de rentabilité qui ne sont pas toujours compatibles avec les besoins militaires.
Si l’intérêt des investisseurs pour la défense s’explique par la croissance du secteur et les perspectives solides de rendement, la question de l’orientation industrielle reste en suspens. Qui décide des priorités technologiques ? Les commandements stratégiques ou les comités d’investissement ?
L’ouverture au capital privé s’inscrit néanmoins dans une tendance mondiale. Aux États-Unis, en Israël ou en Corée du Sud, les fonds jouent depuis longtemps un rôle actif dans le financement des industries de défense. La France semble adopter un modèle hybride, dans lequel l’État conserve un rôle d’orientation, tout en déléguant une partie de la mise en œuvre.








