Pourquoi l’Australie aurait dû acheter ses sous-marins nucléaires à la France

56 milliards d’euros pour douze sous-marins français. Une alliance rompue en 2021. Aujourd’hui, Canberra n’a toujours rien reçu.

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Pourquoi l’Australie aurait dû acheter ses sous-marins nucléaires à la France © Armees.com

Des milliards dépensés, un projet qui patine, un partenaire américain qui doute. À mesure que le programme Aukus vacille, une autre évidence se dessine. Et si l’Australie s’était trompée de fournisseur ?

Sous-marins nucléaires : l’accord Aukus fragilisé par le doute américain

En 2021, l’Australie a rompu brutalement un contrat de 56 milliards d’euros avec la France pour se jeter dans les bras des États-Unis et du Royaume-Uni. Objectif : se doter d’une flotte de sous-marins nucléaires d’attaque, dans le cadre de l’alliance Aukus.
Mais aujourd’hui, rien ne va plus. Le Pentagone a lancé un audit de l’accord, piloté par Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense. La question posée est claire : les États-Unis doivent-ils vraiment livrer leurs sous-marins à Canberra ? La réponse est attendue d’ici un mois.
Cette décision, annoncée le 11 juin 2025, a créé une onde de choc. Derrière les formules rassurantes, le doute s’installe. Le ministre australien de la Défense, Richard Marles, parle d’un « examen normal sous une nouvelle administration ». Mais en réalité, Washington hésite. Et Trump pourrait vite trancher.

Les États-Unis doivent fournir trois sous-marins nucléaires de classe Virginia à partir de 2032, pour un coût total de 204 milliards d’euros sur trente ans. Mais à ce jour, rien n’a été livré. Et l’industrie navale américaine est à la peine.
Les chiffres sont implacables. L’US Navy estime avoir besoin d’au moins 2,33 sous-marins Virginia par an pour couvrir ses besoins. En réalité, les chantiers n’en livrent qu’un seul chaque année. En mars 2025, Colby déclarait devant le Sénat qu’« il serait très compliqué de respecter les engagements envers l’Australie, même avec les 500 millions de dollars américains déjà versés ».
En clair : les États-Unis pourraient garder ces sous-marins pour eux. Et Canberra, qui a déjà versé une première tranche, pourrait se retrouver à attendre des années. Sans aucune garantie.

Vers un revirement de l’Australie vers la France ?

En 2021, l’Australie a annulé un contrat avec Naval Group, qui prévoyait la construction de douze sous-marins à propulsion conventionnelle sur base du Barracuda, adaptés aux besoins australiens. Le choix du nucléaire a tout balayé. Quatre ans plus tard, aucun prototype américain n’est encore engagé dans la chaîne de production pour Canberra.
Et la France ? Ses sous-marins nucléaires d’attaque sont déjà en service, avec une technologie éprouvée, un calendrier maîtrisé et une production indépendante. Paris n’a jamais caché sa frustration. Mais elle n’a jamais fermé la porte non plus.
À l’époque, l’argument principal était stratégique : intégrer l’Australie dans une alliance tripartite pour contenir la Chine. Mais si les États-Unis se retirent, ou ralentissent la cadence, le calcul stratégique devient obsolète. Et la France retrouve une légitimité technique.

Aukus ne repose pas uniquement sur les sous-marins. Il inclut aussi des transferts de technologies dans les domaines de la cybersécurité, des missiles et de l’intelligence artificielle. Mais le pilier central, ce sont bien les sous-marins nucléaires, censés protéger l’Australie face à la puissance chinoise.
Problème : Canberra n’a aujourd’hui aucun plan B crédible. Ses six sous-marins de type Collins approchent de la fin de vie, et une solution de repli prendrait des années. Quant au coût politique d’un retour vers la France, il serait lourd. Mais moins lourd qu’un accord vidé de sa substance.
Pour Euan Graham, de l’Australian Strategic Policy Institute, « un retrait d’Aukus serait catastrophique pour la crédibilité australienne ». Peut-être. Mais une dépendance technologique sans livrable le serait tout autant.

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