Marine : l’Italie rêve d’un porte-avions nucléaire

Le projet de porte-avions à propulsion nucléaire s’intègre dans le plan capacitaire de la Marina Militare jusqu’en 2040.

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L’Italie s’interroge sur sa puissance navale future alors que la guerre est aux portes de la Méditerranée. En ligne de mire, un programme d’envergure dont les contours esquissent une ambition nucléaire : et si l’Italie montait en puissance avec son propre porte-avions nucléaire ?

L’Italie à l’heure du porte-avions : une propulsion nucléaire dans les cartons

L’Italie a officiellement ouvert le débat sur la construction de son premier porte-avions à propulsion nucléaire. Une rupture stratégique majeure qui placerait la marine italienne parmi les rares flottes dotées de cette capacité : seules les États-Unis et la France en disposent actuellement. Ce choix n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une montée en puissance globale du dispositif naval italien, adossée à une lecture aiguisée de la menace russe et de l’instabilité méditerranéenne.

Un porte-avions nucléaire pour une marine en mutation

Le projet de porte-avions à propulsion nucléaire s’intègre dans le plan capacitaire de la Marina Militare jusqu’en 2040, comme l’a indiqué l’amiral Enrico Credendino dans un entretien au Corriere della Sera début juin. Il ne s’agit pas d’un effet d’annonce, mais d’un objectif structuré, adossé à une volonté politique de long terme. D’après les informations confirmées par BFMTV, le bâtiment envisagé atteindrait les 100 000 tonnes de déplacement, dans la lignée du Charles-de-Gaulle ou des unités américaines de classe Ford.

Mais pourquoi un porte-avions nucléaire ? Pour répondre à trois besoins stratégiques : l’endurance opérationnelle, la projection longue distance, et l’autonomie énergétique dans les théâtres éloignés. « Ce n’est pas une coquetterie technologique, mais une exigence de posture dans un monde en bascule », observe un analyste cité par Mer et Marine. L’objectif assumé : affirmer l’Italie comme une puissance maritime de premier rang dans le bassin méditerranéen et au-delà.

L’Amiral Enrico Credendino : stratège d’une flotte en alerte permanente

Chef d’état-major de la marine depuis 2021, l’amiral Enrico Credendino est à la manœuvre. Et ses déclarations tracent une ligne claire. Dans une interview fleuve au Corriere della Sera le 8 juin 2025, il résume ainsi la situation : « Dans la mer Rouge, nous sommes dans une situation de guerre. Nos navires ont abattu huit drones Houthi : trois avec les canons de bord, cinq avec des missiles. »

Mais la ligne de front ne se limite pas au Yémen. Le spectre russe rôde. Selon Credendino, entre 2022 et 2023, la marine italienne a dû surveiller « quinze navires de guerre russes et trois sous-marins, dont un balistique » en Méditerranée. Ces unités opéraient depuis le port syrien de Tartous, base stratégique de la flotte russe. « Moscou négocie désormais avec les nouvelles autorités syriennes tout en convoitant le port libyen de Derna, ce qui serait un drame pour nous », avertit-il.

Le ton est grave. Il insiste sur la menace directe que constitue une présence navale russe stable en Libye : « Presque toujours, nos navires au large de la Libye sont suivis par un navire espion russe, souvent maquillé en chalutier, mais rempli d’antennes et de capteurs. »

Entre ambitions nucléaires et priorités humaines

Le porte-avions nucléaire n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste. Credendino évoque une transformation numérique et robotique de la flotte, avec des drones embarqués sur l’ensemble des soixante unités navales. Des plateformes autonomes, de surface ou sous-marines, seront intégrées pour affronter les menaces asymétriques, notamment la cyber-guerre. « Toute notre flotte sera équipée pour embarquer des drones de tout type », précise-t-il dans les colonnes du Corriere.

L’investissement n’est pas anodin. Le gouvernement italien a déjà validé une augmentation du budget de la Défense de 1,4 % à 2 % du PIB, conformément aux objectifs fixés par l’OTAN. Mais Credendino prévient : les ressources humaines restent la variable clé. « Mon rêve est d’avoir plus de personnel. Je rappelle que les marines comparables, comme celles de la France ou du Royaume-Uni, comptent environ 40 000 effectifs », déclare-t-il, soulignant les limites structurelles de la Marina.

Italie : Une marine entre deux mondes

La marine italienne, héritière d’une tradition ancienne mais souvent cantonnée à un rôle régional, veut désormais jouer dans la cour des grands. Cette montée en gamme est soutenue par un contexte sécuritaire où la Méditerranée devient un théâtre stratégique de premier plan, tant pour les puissances atlantiques que pour leurs adversaires déclarés.

Mais la propulsion nucléaire ne se décrète pas. Elle implique une infrastructure industrielle, un réacteur naval certifié, une chaîne de soutien et une doctrine d’emploi robuste. L’Italie, qui aligne actuellement deux porte-aéronefs conventionnels (Cavour et Giuseppe Garibaldi), n’a pas encore tranché sur le remplacement des plateformes existantes. Mais les signaux s’accumulent.

3 réflexions au sujet de “Marine : l’Italie rêve d’un porte-avions nucléaire”

  1. Les études préliminaires représentent un coût important pour construire un Porte-Avions nucléaire : ce que fait la France pour construire le successeur du ‘Charles de Gaulle’, déjà nucléarisé. Un rapprochement Italie / France serait bienvenu. Ce PANG emportera non seulement le chasseur SCAF en cours d’étude chez Dassault, mais sera aussi une plate-forme particulièrement adaptée à l’emploi des drones ce que sera aussi le SCAF. La coopération France / Italie, déjà fructueuse (Frégates Horizon et FREMM, ravitailleurs) trouverait là une prolongation payante.
    La Marine Italienne gagnerait aussi à se doter des SNA ‘Barracuda, dont les performances sont remarquables

  2. Ces travaux relatifs à un nouveau PANG pourraient satisfaire l’Espagne, dont le PA est vieillissant, et l’Allemagne, qui n’a pas de Force aéronavale. Ces deux nations pourraient bénéficier de l’aide de la Marine Nationale, non seulement pour les études, mais aussi pour la formation technique et opérationnelle (ouverture des écoles (tant pour les ingénieurs que pour l’emploi, EAMEA et formation des opérateurs).

  3. La fusion de Naval Group, de Thyssen Krupp, de Fincantieri, plus les chantiers espagnols, polonais, etc. semblable à ce qui a été fait il y a 25 ans avec la création d’AIRBUS permettrait de donner à l’industrie de défense européenne une vigueur capable de répondre non seulement aux grands besoins européens, mais aussi aux besoins des nombreuses nations du monde qui souhaitent se réarmer. Elle permettrait de fabriquer pour l’Australie les SNA que les USA ne sont pas capables de lui fournir : Naval Group peut fournir à Thyssen Krupp ses dossiers de fabrication, et la commande de sous-marins diesel (par Scholz) transformée par Merz en SNA.
    Cette même fusion pourrait satisfaire les besoins an PA nucléaires pour l’Italie, l’Espagne et même l’Allemagne

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