Syrie : Al-Charaa courtise Trump 

Ahmed Al-Charaa cherche à rencontrer Donald Trump afin d’obtenir un allègement des sanctions américaines, en échange de l’attribution exclusive de la reconstruction de la Syrie aux entreprises américaines.

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Syrie : Al-Charaa courtise Trump  | Armees.com

Le 9 mai 2025, le média indépendant Drop Site News a révélé que le président syrien Ahmed al-Charaa, ancien chef du groupe islamiste Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), cherche à rencontrer le président américain Donald Trump lors de sa visite prévue à Riyad. Cette initiative vise à proposer une ouverture diplomatique majeure : accorder aux entreprises américaines des contrats exclusifs pour la reconstruction de la Syrie, en échange d’un allègement des sanctions économiques qui pèsent sur le pays depuis des années.

Des contacts discrets entre la Syrie et les milieux d’affaires américains

Depuis son accession au pouvoir en décembre 2024, à la suite de la chute du régime de Bachar al-Assad, Ahmed Al-Charaa — son nom civil, Al-Joulani, son nom de guerre — s’efforce de redéfinir l’image de son gouvernement. Ancien chef du groupe islamiste Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), il se présente désormais comme un dirigeant pragmatique, désireux de tourner la page du conflit et de reconstruire la Syrie. Dans cette optique, il a entamé des démarches pour établir des relations avec l’Occident, en rencontrant notamment des entrepreneurs français tels que Rodolphe Saadé, armateur de CMA CGM, au sujet du port de Lattaquié, et en exprimant son intérêt pour des partenariats avec des entreprises américaines telles qu’AT&T, préférées à des concurrents chinois comme Huawei.

Le 30 avril en effet, Ahmed Al-Charaa a rencontré à Damas une délégation dirigée par l’homme d’affaires américain Jonathan Bass et Mouaz Moustafa, directeur exécutif du Syrian Emergency Task Force. Lors de cette réunion, il a exprimé son souhait de collaborer avec les États-Unis pour la reconstruction de la Syrie, estimant les besoins financiers entre 250 et 400 milliards de dollars. Il a également souligné sa volonté de lutter contre les groupes terroristes tels que l’État islamique et Al-Qaïda, et de limiter l’influence de l’Iran en Syrie, en arrêtant notamment des membres du Jihad islamique palestinien.

Washington hésite, mais des signaux d’ouverture apparaissent

Cette proposition intervient dans un contexte où les États-Unis n’ont pas encore officiellement reconnu le gouvernement d’Ahmed Al-Charaa. Toutefois, des signes d’ouverture se dessinent : le 18 avril, deux membres républicains du Congrès américain, Cory Mills et Marlin Stutzman, ont effectué une visite non officielle à Damas, marquant la première venue de législateurs américains depuis la chute d’Assad. Ils ont rencontré Ahmed Al-Charaa et discuté de la levée des sanctions et de la stabilité régionale.

Paris pousse à un allègement des sanctions européennes

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a exprimé son soutien à une levée progressive des sanctions de l’Union européenne contre la Syrie, à condition que le pays poursuive ses efforts de réforme et de stabilisation. Cette position européenne pourrait influencer la politique américaine, notamment si une rencontre entre Trump et Ahmed Al-Charaa a lieu à Riyad, comme le suggèrent certaines sources.

Enjeux éthiques et stratégiques

La proposition d’Ahmed Al-Charaa représente une opportunité pour les États-Unis de renforcer leur influence au Moyen-Orient, en participant à la reconstruction de la Syrie et en limitant l’expansion de la Chine et de la Russie dans la région. Cependant, cette proposition soulève aussi des questions éthiques et stratégiques : d’une part, la légitimité d’un gouvernement issu d’un groupe autrefois classé terroriste ; d’autre part, les garanties nécessaires pour assurer une transition démocratique respectueuse des droits humains.

En somme, la main tendue par Ahmed Al-Charaa à Trump pourrait marquer un tournant dans les relations syro-américaines, à condition que les deux parties parviennent à un accord équilibré, tenant compte des intérêts stratégiques, économiques et humanitaires en jeu.

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