Les profondeurs glacées de l’Antarctique gardent encore bien des secrets, et une récente expédition scientifique vient d’en dévoiler quelques-uns. Grâce à un submersible autonome baptisé Ran, des chercheurs ont mis au jour des formations de glace jamais vues sous la plateforme de glace Dotson, une découverte scientifique qui vient remettre en question les idées qu’on se faisait sur la fonte des glaces et sur l’évolution des glaciers ainsi que leur influence sur le niveau des océans.
Une expédition inédite et ses trouvailles surprenantes
Cette expédition, pilotée par l’International Thwaites Glacier Collaboration (ITGC), s’est étalée sur 27 jours et a permis de parcourir plus de 1 000 kilomètres sous la plateforme de glace Dotson. À l’aide d’un sonar multibande de haute technologie, Ran a pu explorer jusqu’à 17 kilomètres à l’intérieur de la cavité glaciaire. Les cartes de sonar obtenues, d’une résolution impressionnante, offrent une vue inédite de la face inférieure de la glace.
Les scientifiques y ont découvert des paysages insoupçonnés : crêtes, plateaux, vallées et même des formes rappelant des dunes. Ils y ont aussi retrouvé des tourbillons et des creux indiquant des échanges complexes entre les courants sous-marins et la glace, révélant un écosystème marin dynamique. Karen Alley, glaciologue à l’Université du Manitoba, s’est exprimée ainsi : « Les cartes élaborées par Ran représentent un bond important dans notre compréhension des plateformes de glace en Antarctique. »
Des retombées scientifiques et des pistes pour la suite
Ces découvertes font douter des modèles antérieurs concernant la fonte des glaces. En effet, les observations montrent que les modèles actuels peinent à expliquer les formations découvertes, ce qui souligne la nécessité d’améliorer notre savoir sur les interactions entre les courants océaniques et la base des glaciers. La fonte à la base, provoquée par l’infiltration d’eau chaude, apparaît comme le principal moteur de la diminution de glace dans cette zone sensible.
Le projet TARSAN, auquel se rattache cette expédition, se penche sur les phénomènes atmosphériques et océaniques qui influencent les glaciers Thwaites et Dotson. Une nouvelle expédition est programmée pour janvier 2024 afin de prolonger ces recherches, bien que l’on doive remplacer le sous-marin autonome Ran, disparu après sa dernière plongée, pour la suite des explorations.
Une collaboration internationale pour mieux comprendre le réchauffement climatique
L’ITGC réunit des experts des États-Unis et du Royaume-Uni, avec un budget total de 50 millions de dollars répartis sur cinq ans. Le but est d’étudier le glacier Thwaites afin de mieux cerner son histoire et d’imaginer ses possibles évolutions. Anna Wåhlin, professeure d’océanographie à l’Université de Göteborg, explique pour Science Advances : « En conduisant le submersible dans la cavité, nous avons réussi à obtenir des cartes en haute résolution de la face inférieure de la glace. C’est un peu comme découvrir pour la première fois ce que cache le revers de la lune. »
Les premières données récoltées lors de cette expédition offrent déjà des pistes très intéressantes pour les glaciologues et climatologues du monde entier. Elles donnent également matière à réfléchir sur la manière dont ces nouvelles informations pourraient modifier nos projections sur la montée des eaux.
Ces résultats, issus de l’exploration polaire, renforcent notre compréhension des changements environnementaux sur le long terme. Alors que nous continuons d’explorer ces lieux isolés avec une technologie de pointe et grâce à une collaboration internationale soutenue (pour préciser, avec l’Etat et les chercheurs de plusieurs pays), il faudra rester vigilant quant aux conséquences possibles pour notre planète et ses écosystèmes fragiles.
Source : Science.org








