54 milliards par an : le ransomware légal dont personne ne parle

Pendant des années, les géants du numérique extra-européens ont proposé leurs services à des prix attractifs.

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Vous avez entendu parler des ransomwares. Ces attaques informatiques qui paralysent un hôpital, bloquent une mairie, étranglent une entreprise. Elles exigent une rançon pour rendre les données. La France en est victime chaque semaine. Les gendarmes, les médias, les politiques en parlent. C’est une menace réelle, documentée, combattue.

Mais il existe une autre forme de rançon. Parfaitement légale, celle-là. Contractualisée. Et qui coûte à la France 54 milliards d’euros par an.

Même mécanique que le ransomware : on s’installe profondément dans vos systèmes, on vous rend dépendant, on vous empêche de partir …  et on fait monter les prix. Même résultat : vous payez. La seule différence : personne ne va en prison. On appelle ça le lock-in numérique. Et ses auteurs ne sont pas des hackers chevronnés opérant depuis une cave. Ce sont les plus grandes entreprises technologiques du monde, cotées en bourse, reçues à l’Élysée.

Comment le piège se referme

Pendant des années, les géants du numérique extra-européens ont proposé leurs services à des prix attractifs. Les entreprises, les hôpitaux, les administrations ont adopté leurs logiciels, stocké leurs données sur leurs serveurs, formé leurs équipes à leurs outils. Logique, pratique, efficace.

Puis, une fois l’intégration suffisamment profonde (données non portables, systèmes interconnectés, équipes captives) les prix ont commencé à monter. En 2023, certaines grandes entreprises françaises ont subi des hausses de +20% sur leurs logiciels. Pas négociées. Imposées. Parce que changer de fournisseur coûterait des dizaines de millions d’euros et des années de migration. Le Cigref, l’association de décideurs du numérique, a qualifié ces hausses de « totalement injustifiées. »

Un rapport CIGREF-ASTERES publié cette semaine donne enfin à ce mécanisme son vrai nom : captation économique. Pas une dépendance subie passivement. Une extraction active et délibérée de valeur européenne.

Et vous, là-dedans ?

Ces 54 milliards ne restent pas dans les bilans des grandes entreprises. Ils se répercutent dans vos frais bancaires, vos primes d’assurance, les arbitrages budgétaires de vos services publics. Chaque euro capté hors d’Europe, c’est un euro qui ne finance pas un emploi en France, pas une école, pas un hôpital, pas une innovation qui naîtrait ici plutôt qu’ailleurs.

Et c’est la double peine : économique et environnementale. Les data centers qui font tourner tout cela consomment de l’eau et de l’énergie sur notre sol. En pleine canicule. Pour des profits qui partent ailleurs.

La bonne nouvelle : la rançon peut baisser

Contrairement au ransomware classique, celui-là a une issue. Des alternatives françaises existent dans le stockage de données, les logiciels d’entreprise, l’infrastructure cloud. Elles sont performantes. Certaines grandes organisations les ont adoptées en France comme à l’étranger.

Le cabinet Astérès a calculé que réorienter seulement 15% de ces dépenses vers des acteurs européens d’ici 2035 créerait près de 500 000 emplois sur le continent. Rêvons un peu, si on allait jusqu’à 50%, c’est potentiellement plus d’un million d’emplois sur le vieux continent, dont plus de 200 000 en France.

Ce n’est pas une utopie. C’est une question de volonté  des entreprises mais aussi de nos élus.

Ce que vous pouvez demander à vos candidats

Dans douze mois, vous élirez un nouveau président. Les candidats vous parleront de pouvoir d’achat, de réindustrialisation, de sécurité. C’est légitime. Mais il existe une question simple, que tout citoyen peut poser : « Comment comptez-vous mettre fin au ransomware légal qui coûte 54 milliards par an à la France ? »

S’ils ne savent pas de quoi vous parlez, c’est un problème. S’ils savent et n’ont pas de réponse, c’en est un autre.

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