Voitures chinoises : quand le Royaume-Uni devient notre flanc découvert

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Voitures chinoises : quand le Royaume-Uni devient notre flanc découvert
Voitures chinoises : quand le Royaume-Uni devient notre flanc découvert | Armees.com

Pendant que la France débat de ses milliards de défense, une menace industrielle contourne discrètement nos remparts économiques. Le Royaume-Uni, transformé en « porte-avions » des véhicules électriques chinois vers l’Europe, illustre une vérité brutale : la souveraineté industrielle, c’est aussi de la défense nationale. Et ça a un prix.

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Volume de biens « non sensibles » sur lesquels les droits de douane américano-chinois devraient diminuer après la visite de Xi Jinping à Washington — un signal fort sur la recomposition des flux commerciaux mondiaux.

L’Europe construit des murs. Ses voisins ouvrent des portes.

Bruxelles a imposé des droits de douane sur les véhicules électriques chinois. Bonne décision, défense légitime d’une industrie stratégique. Sauf que personne n’a pensé à fermer la porte de service. Le Royaume-Uni, depuis le Brexit, applique ses propres règles tarifaires. Résultat : les constructeurs chinois y installent des hubs d’assemblage ou de distribution, et les voitures repartent vers le continent avec un passeport britannique suffisamment présentable pour contourner les barrières européennes.

C’est ce que le Financial Times documente avec une précision gênante. Le Royaume-Uni, « porte-avions » des exportations chinoises vers l’UE. L’image est militaire, elle n’est pas anodine. Une industrie automobile, ce ne sont pas seulement des emplois et des usines : c’est une chaîne de sous-traitants, des compétences en métallurgie, en électronique embarquée, en logiciels — exactement les savoir-faire qui alimentent l’industrie de défense. Renault fournit des composants à des programmes militaires. Les motoristes du civil sont souvent ceux du militaire. Laisser mourir l’automobile européenne, c’est scier la branche sur laquelle repose une partie de notre base industrielle et technologique de défense.

Ce que la LPM ne protège pas

La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans. Un effort réel, enfin. Mais on peut se demander si cet argent suffira si la Base Industrielle et Technologique de Défense — la fameuse BITD — se fragilise par la base. Car la BITD ne vit pas en vase clos. Elle se nourrit d’un tissu industriel dense, compétitif, innovant. Supprimez les carnets de commandes civils de Thales, de Safran, de KNDS, et vous affaiblissez mécaniquement leur capacité à investir en R&D militaire.

Or, la compétition industrielle chinoise ne cible pas seulement l’automobile. Elle vise les semi-conducteurs, les drones civils, les équipements de télécommunication, les batteries. Autant de secteurs à double usage, civils et militaires. L’Allemagne a mis dix ans à comprendre que sa dépendance au gaz russe était une vulnérabilité stratégique. Combien de temps faudra-t-il à l’Europe pour réaliser que sa dépendance aux composants chinois dans les véhicules électriques — donc demain dans les véhicules militarisés légers — est du même ordre ?

Dépenser mieux, pas seulement plus

Force est de constater que la réponse européenne reste désarticulée. Bruxelles taxe, Londres laisse passer, Berlin hésite, Paris subventionne sans condition de localisation suffisamment contraignante. Pendant ce temps, Pékin construit une stratégie industrielle globale, cohérente, financée à l’échelle d’un État-continent.

Le vrai enjeu budgétaire n’est donc pas seulement de savoir combien la France consacre à sa défense — 2% du PIB, enfin —, mais comment elle articule cet effort avec une politique industrielle qui ne laisse pas le flanc ouvert. Chaque milliard investi dans la LPM perd de sa valeur si la chaîne de fournisseurs civils se désindustrialise en silence.

La souveraineté stratégique ne se découpe pas en tranches étanches. Il est temps que les ministères du Budget, de l’Industrie et des Armées parlent enfin le même langage.

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