Valeo, Forvia, drones : la défense sauve l’industrie française

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Valeo, Forvia, drones : la défense sauve l'industrie française
Valeo, Forvia, drones : la défense sauve l'industrie française | Armees.com

Alors que le secteur automobile s’effondre, Valeo et Forvia se tournent vers la production de drones militaires. Une reconversion qui dit tout sur l’état de notre industrie — et sur la seule vraie commande publique qui vaille encore quelque chose : celle des armées.

3,1%

Part du PIB que l’Allemagne consacre désormais à sa défense en 2026, contre 2% seulement pour la France — un écart qui se creuse dangereusement.

Quand l’auto coule, la défense flotte

Force est de constater que l’industrie automobile française n’en finit pas de souffrir. Valeo et Forvia, deux équipementiers tricolores pourtant reconnus mondialement, traversent une crise structurelle qui n’a rien de conjoncturel : la transition électrique mal calibrée, la concurrence chinoise féroce, et des coûts de production en France parmi les plus élevés d’Europe ont fait le reste. Résultat ? Ces deux groupes cherchent désormais leur salut dans les contrats militaires, en particulier la production de drones de combat ou de surveillance.

Ce pivot n’est pas anodin. Il révèle d’abord une réalité que personne ne veut admettre franchement : en dehors de la commande publique militaire, il n’existe plus en France de secteur industriel capable de tirer une croissance durable. L’État, qui s’est montré si généreux avec les subventions à la voiture électrique — des milliards d’euros engloutis sans résultat probant — se retrouve aujourd’hui à être le seul client solvable de ses propres champions industriels. C’est un paradoxe cruel, mais c’est notre réalité.

Je ne me plains pas que l’argent public aille vers la défense. Bien au contraire. Mais je note que l’argent public gaspillé pendant des années en politiques industrielles hasardeuses aurait pu être mieux employé à renforcer notre base de défense bien plus tôt.

La vraie leçon géopolitique de Dubaï et de Téhéran

L’offensive américano-israélienne contre l’Iran, lancée en février dernier, a redistribué les cartes géopolitiques du Moyen-Orient à une vitesse que peu d’analystes avaient anticipée. Dubaï, hub financier régional, voit ses flux perturbés. Les incertitudes pèsent sur les marchés de l’énergie. Et dans ce contexte de tension extrême, les budgets militaires des démocraties occidentales continuent leur ascension.

Ce mouvement de fond est une opportunité industrielle colossale pour la France — à condition de s’en saisir avec intelligence. La Direction Générale de l’Armement a engagé des programmes ambitieux en matière de drones, de munitions rôdeuses et de systèmes de guerre électronique. Mais l’argent ne suffit pas : il faut une chaîne industrielle réactive, capable de monter en cadence rapidement. C’est précisément ce que Valeo et Forvia, avec leurs capacités de production de masse, peuvent apporter. Ces entreprises savent fabriquer vite, en volume, avec des process industriels éprouvés. Voilà une reconversion qui a du sens.

Encore faut-il que l’État ne transforme pas cette opportunité en usine à gaz administrative. Les délais de contractualisation avec la DGA restent un problème chronique. Pendant qu’un industriel français attend dix-huit mois pour signer un contrat de fourniture de composants, un concurrent américain ou coréen a déjà livré.

La France peut gagner — si elle se dépêche

Le moment est historique. La montée des budgets de défense en Europe n’est pas une mode passagère : c’est une réponse durable à une décennie d’insouciance stratégique. La France dispose d’atouts réels — une industrie de défense mature avec Thales, MBDA, Safran, Nexter — et peut désormais y adosser des capacités de production industrielle civil-militaire avec des acteurs comme Valeo ou Forvia.

Mais la fenêtre d’opportunité ne restera pas ouverte indéfiniment. L’Allemagne investit massivement, les Pays-Bas réarment, la Pologne devient une puissance industrielle militaire émergente. La France a un choix simple : soit elle simplifie ses procédures, accélère ses commandes et soutient vraiment ses industriels — soit elle regarde ses concurrents décrocher les contrats à sa place.

Ce serait dommage. Surtout quand, pour une fois, l’argent de la défense est bien la meilleure dépense publique qu’on puisse faire.

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