Le Rassemblement national promet 140 milliards d’économies d’ici à 2032, pendant que l’Ukraine perd du terrain et que Xi Jinping purge son armée. Trois signaux faibles qui, mis bout à bout, dessinent une Europe stratégiquement fragile. L’heure n’est pas aux coupes budgétaires, elle est à la lucidité.
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Onze hauts responsables militaires chinois évincés entre l’automne 2025 et l’hiver 2026 : Xi Jinping nettoie son outil de guerre avant de l’utiliser.
Le contre-budget du RN : séduisant sur le papier, dangereux pour nos armées
Marine Le Pen a donc sorti son contre-budget pour 2027. Cent quarante milliards d’euros d’économies promises d’ici à 2032. L’exercice est politiquement habile, économiquement contestable — économistes et adversaires le soulignent unanimement — et militairement préoccupant. Car la question que personne ne pose franchement mérite d’être posée ici : dans cette grande mécanique de réduction de la dépense publique, qu’advient-il de la Loi de programmation militaire ?
La LPM 2024-2030, adoptée sous Macron, engage 413 milliards d’euros sur sept ans. C’est la première fois depuis des décennies que la France se donne les moyens, sur le papier du moins, de reconstruire un outil militaire digne de ce nom. Mais une LPM n’est pas gravée dans le marbre constitutionnel. Elle se vote, elle se révise, elle se sacrifie sur l’autel de l’équilibre budgétaire quand la pression des marchés se fait sentir.
Force est de constater que le contre-budget du RN, aussi flou soit-il sur les détails, s’inscrit dans une logique de compression globale de la dépense. Or supprimer les intercommunalités ne suffira pas à dégager 140 milliards. À un moment ou à un autre, la défense sera sur la table. Elle l’a toujours été, quelles que soient les couleurs du gouvernement.
L’Ukraine perd du terrain : l’Europe doit enfin regarder la réalité en face
Pendant ce temps, sur le front ukrainien, la situation se dégrade. Un député ukrainien d’Odessa — Odessa, symbole entre tous — appelle publiquement à de nouvelles négociations avec Moscou. Il est exclu de son parti dans les vingt-quatre heures, mais le signal est là, impossible à ignorer : l’Ukraine est épuisée, et certains de ses propres élus commencent à regarder en face ce que les chancelleries européennes refusent encore d’admettre.
Je ne dis pas que la paix à tout prix est la solution. Je dis que l’Europe, et la France au premier chef, a collectivement sous-financé son soutien militaire à Kiev. Les chiffres sont là : la France a livré moins d’équipements que ses voisins allemands ou britanniques, proportionnellement à son PIB. Pendant trois ans, nous avons géré la guerre ukrainienne en comptables, en dosant le soutien pour ne pas « provoquer » Moscou. Le résultat est sous nos yeux.
La défense européenne ne se construit pas en période de vaches grasses. Elle se construit précisément quand la menace est réelle, maintenant, et que le temps presse.
Xi purge son armée : il se prépare, et nous, que faisons-nous ?
Le troisième signal est peut-être le plus inquiétant. Entre l’automne 2025 et l’hiver 2026, onze hauts responsables militaires chinois ont été évincés, dont plusieurs membres de la Commission militaire centrale. L’Institut Thomas More y consacre deux notes ce mois-ci, et la lecture en est édifiante.
Xi Jinping ne purge pas par paranoïa — du moins, pas seulement. Il rationalise, il élimine les généraux corrompus ou insuffisamment loyaux, il construit une armée obéissante et opérationnelle. On ne se prépare pas à la guerre avec des officiers qui ont les mains dans la caisse.
La question que je pose, simplement, directement : pendant que Pékin optimise son outil militaire par la contrainte et que Moscou usine ses obus à marche forcée, la France, elle, débat de la suppression des intercommunalités pour boucler un budget.
L’histoire, hélas, est rarement du côté de ceux qui font des économies sur leur défense au mauvais moment.


