La guerre en Ukraine menace désormais la sécurité alimentaire mondiale. Les droits de douane de Trump étouffent le commerce international. Et une crise politique à Kiev fragilise le front. Pendant ce temps, l’Europe compte ses sous. Elle devrait compter ses risques.
**320 milliards $**
Coût estimé d’une crise alimentaire mondiale majeure selon les projections du FMI — soit dix fois le budget annuel de défense français.
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Quand le blé devient une arme, la défense devient une évidence
On connaissait le pétrole comme arme géopolitique. Voici venu le temps du grain. Les attaques croisées entre Moscou et Kiev sur leurs infrastructures d’exportation agricoles respectives ne sont plus un dommage collatéral de la guerre : elles sont devenues une stratégie. Le Financial Times le documente cette semaine avec une clarté glaçante — une crise mondiale des céréales se profile, avec des répercussions qui iront bien au-delà des champs ukrainiens.
Pour la France, cela devrait faire l’effet d’une douche froide. Premier exportateur agricole européen, quatrième exportateur mondial de blé, elle est directement exposée à la déstabilisation des marchés céréaliers. Chaque mois de guerre supplémentaire, c’est un concurrent ukrainien affaibli mais aussi une pression à la baisse sur la stabilité des approvisionnements mondiaux. Les filières françaises ne s’en sortent pas indemnes.
Ce que cette séquence rappelle avec brutalité, c’est qu’aucune dépense de défense n’est aussi coûteuse que l’absence de défense. Soutenir l’effort de guerre ukrainien, maintenir une présence militaire crédible en Europe orientale, peser dans les négociations diplomatiques : tout cela a un prix. Mais le prix de l’effondrement, lui, est proprement incalculable.
La LPM sous pression : quand les engagements s’effritent
Force est de constater que la France entre dans cet environnement stratégique dégradé avec une Loi de Programmation Militaire sous haute surveillance budgétaire. La LPM 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un effort historique, présenté comme tel. Mais les arbitrages des lois de finances successives racontent une autre histoire. Les reports de crédits s’accumulent. Les programmes d’armement glissent. Et les armées, elles, attendent.
Imaginez un instant ce paradoxe : la France dépense 58,2% de son PIB en dépenses publiques — davantage que l’Allemagne (45%), la Suède (49%) ou la Suisse (34%) — mais peine à consacrer 2% de ce même PIB à sa défense nationale. L’Allemagne, traumatisée par l’invasion de l’Ukraine, a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros hors budget, réformé sa Bundeswehr et relancé son industrie d’armement. La France, elle, débat encore de ses marges de manœuvre.
La question n’est pas idéologique. Elle est arithmétique. Un État qui dépense mal et dépense trop dans les mauvaises priorités se retrouve contraint quand arrive l’heure des choix souverains. Les 5,7 millions de fonctionnaires, les régimes spéciaux, les normes qui paralysent l’industrie de défense : chaque euro gaspillé là est un euro qui ne va pas à la dissuasion, au renseignement, aux équipements.
La crise ukrainienne : un révélateur, pas une exception
La crise politique à Kiev — l’ancien ministre Fedorov qui réclame des élections, dénonce la corruption, défie publiquement Zelensky — rappelle que la guerre use les institutions autant que les hommes. C’est un avertissement pour tous les soutiens occidentaux : l’argent de la défense mal gouverné ne fait pas que se perdre, il déstabilise.
On peut se demander si la France tire les leçons de ce laboratoire géopolitique grandeur nature. Dépenser mieux en défense, c’est aussi exiger des comptes, évaluer les programmes, auditer les contrats. L’industrie française de défense est excellente — Naval Group, Thales, KNDS en attestent. Elle mérite un donneur d’ordres à la hauteur : stratège, rigoureux, rapide.
Le chaos mondial n’attend pas les prochains débats budgétaires d’automne. Il est déjà là.


