Sur une piste isolée en Essonne, un objet de 3 tonnes pivote à 60 tours par minute. Un monstre technologique signé Thales, capable d’absorber des torrents de données à une cadence infernale. Son nom : Ground Fire 300. Et derrière lui, un objectif clair : reprendre le dessus sur les radars américains.
« Nous avons vendu 300 radars de la gamme Ground Master dans le monde. » L’affirmation d’Éric Marceau, directeur marketing des radars de surface chez Thales pose le décor. Depuis Limours, le fabricant tricolore annonce la couleur : avec le Ground Fire 300, il entend replacer la France dans le peloton de tête de la défense aérienne.
Ground Fire 300 : le retour de Thales dans la course radar
À première vue, un Ground Fire 300 ressemble à une caisse de transport un peu massive. En réalité, c’est une centrale nerveuse redoutable, dotée d’une antenne active à balayage électronique, capable de suivre 1 000 cibles sur un rayon de 550 kilomètres. Sa particularité ? Son traitement numérique en temps réel : 4 téraoctets par seconde, soit l’équivalent de 4 000 films visionnés en simultané, selon Eric Marceau.
Cette prouesse ne s’arrête pas là. Grâce à une rotation complète par seconde, le radar actualise en permanence sa perception du champ de bataille. « Le radar n’a qu’une seule antenne, mais elle est capable d’émettre plusieurs faisceaux et d’avoir plusieurs yeux en même temps », précise Marceau à Les Échos. Une performance décisive pour la détection des drones, des missiles hypersoniques ou balistiques.
Pendant longtemps, le Patriot américain a dominé les débats. Le système SAMP/T franco-italien, malgré ses qualités, peinait à convaincre hors de ses frontières. Mais aujourd’hui, Thales estime avoir effacé son retard. « Nos performances sont désormais nettement supérieures à celles du Patriot américain », déclare Eric Marceau.
Derrière le Ground Fire 300, c’est un changement d’équilibre stratégique qui se joue. L’initiative allemande pour un bouclier européen basé sur les Patriot patine, tandis que des voix s’élèvent pour réaffirmer une souveraineté industrielle européenne. Le message de Thales est limpide : l’Europe dispose à présent d’une alternative crédible et performante.
Une montée en puissance industrielle spectaculaire
Pour suivre la demande, Thales a dû muscler sa production. À Limours, le temps d’assemblage d’un radar est passé de 55 jours à 21, selon les chiffres fournis par Eric Huber. La production annuelle, elle, a plus que triplé, atteignant 28 unités livrées en 2024, avec une prévision de 35 à 40 en 2025.
Le site emploie désormais plus de 2 000 personnes, avec 400 embauches en 2024 et autant prévues cette année. Une cadence industrielle soutenue qui reflète l’appétit croissant des armées, en particulier depuis la guerre en Ukraine, qui a ravivé les inquiétudes liées à la défense aérienne sur le continent.
Derrière les chiffres, Thales joue aussi une carte diplomatique. La France et l’Italie intègrent déjà le Ground Fire 300 au sein du SAMP/T NG, appuyé par des missiles Aster 30 à 150 km de portée. L’export reste le prochain défi. Mais le groupe ne cache pas son ambition. « Il n’y aura plus aucun désavantage technologique », assure Marceau.








