Comment l’IA va doper le radar Airmaster C (Dragon)

Le radar Air Master C issu du projet Dragon révolutionnera la détection avancée et la conduite de tir à l’aide l’intelligence artificielle

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radar Airmaster C
le radar Airmaster C issu du projet dragon révolutionnera la détection avancée et la conduite de tir à l'aide de l'intelligence artificielle | Armees.com

Sur les pistes silencieuses d’Istres, les rotors d’un vieux Puma n’ont jamais autant incarné l’avenir. C’est dans ce cadre discret mais stratégique que l’armée française a mené les premiers essais en vol de l’Airmaster C, le nouveau radar développé dans le cadre du projet DRAGON, pierre angulaire du futur dispositif de détection des hélicoptères interarmées.

Une technologie avancée née d’un programme structurant

Le projet DRAGON (Démonstrateur de RAdar de Génération nouvelle pour les Objectifs Numériques) est un programme lancé en 2019 par l’Agence de l’innovation de défense (AID). L’objectif était clair : concevoir un radar de nouvelle génération adapté aux contraintes des plateformes aériennes modernes, tout en intégrant les dernières avancées en électronique et en intelligence artificielle.

Ce défi technologique a été confié à l’industriel Thales, qui a conçu le radar Airmaster C, un capteur aéroporté de type AESA (Active Electronically Scanned Array) opérant en bande X. Concrètement, cela signifie que le radar repose sur une antenne à balayage électronique actif, capable de moduler ses faisceaux sans aucune partie mobile, ce qui renforce sa précision, sa discrétion et sa rapidité.

L’Airmaster C intègre également des algorithmes d’intelligence artificielle embarquée, capables d’interpréter les signaux de manière autonome, de hiérarchiser les priorités d’alerte et de réduire considérablement la charge cognitive des équipages. Ces capacités font de lui un radar à la fois agile, résilient et apte à opérer dans des environnements brouillés ou contestés.

radar Airmaster C

Premiers essais en vol : une validation décisive à Istres

Les essais en vol du radar Airmaster C ont débuté en mai 2025, sur la base d’essais de la DGA à Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Pour cette phase cruciale, le radar a été installé sur un hélicoptère Puma configuré en banc d’essais volant, permettant d’éprouver les performances du système dans des conditions de vol réelles.

Les premiers résultats sont très encourageants : stabilité en vol, excellente précision de détection, et compatibilité électromagnétique confirmée. Ces essais valident la solidité de l’architecture radar, sa résistance aux vibrations aéronautiques, ainsi que son intégration dans un environnement opérationnel exigeant. Le système a pu fonctionner de manière fluide avec les équipements embarqués, anticipant sans difficulté une transition vers des plateformes de nouvelle génération.

Cette campagne d’essais marque une avancée majeure du programme DRAGON vers sa concrétisation opérationnelle, et prépare l’industrialisation du radar pour sa future intégration à bord de l’hélicoptère interarmées léger Guépard (H160M).

Un atout stratégique pour le Guépard et pour les armées françaises

L’Airmaster C est destiné à équiper le Guépard, hélicoptère multi-rôle conçu par Airbus Helicopters dans le cadre du programme Hélicoptère Interarmées Léger (HIL). Ce vecteur unique remplacera à terme plusieurs flottes hétérogènes au sein de l’Armée de terre, de la Marine nationale et de l’Armée de l’air et de l’espace.

Le radar Airmaster C constitue l’un des capteurs-clés de cette nouvelle génération d’hélicoptères. Grâce à sa compacité, sa légèreté (30 % de masse en moins) et sa consommation énergétique réduite, il s’intègre facilement à bord d’une cellule légère sans compromettre l’autonomie ou la charge utile. Mais surtout, son architecture ouverte et évolutive permettra des mises à jour logicielles sans modification physique, garantissant sa pérennité dans le temps.

Sur le plan tactique, ce radar offre aux pilotes une capacité accrue de surveillance multi-domaine : maritime, terrestre ou aérienne, avec une finesse d’analyse suffisante pour distinguer des cibles mobiles dans un paysage urbain ou côtier dense. Il contribuera aussi à renforcer les fonctions de guerre électronique passive, en améliorant la détection des émissions radar adverses.

Une ambition industrielle et opérationnelle à long terme

Le ministère des Armées prévoit que 20 hélicoptères Guépard seront livrés avant 2030, pour atteindre un parc total de 169 appareils d’ici 2035. Dans ce cadre, l’Airmaster C devrait s’imposer comme la référence radar des hélicoptères français de nouvelle génération.

Par ailleurs, la capacité d’exportation du système n’est pas écartée, et pourrait ouvrir des perspectives commerciales à l’international, notamment auprès d’alliés partageant des besoins comparables. Le dispositif est déjà pensé pour répondre aux exigences OTAN, et son industrialisation a été anticipée dès 2021 pour garantir une montée en cadence rapide.

L’Airmaster C n’est donc pas un simple radar, mais une brique technologique fondatrice d’une nouvelle génération de supériorité aéroportée française.

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