Défense : Lecornu explique pourquoi il a délaissé Atos pour le supercalculateur IA

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Défense : Lecornu explique pourquoi il a délaissé Atos pour le supercalculateur IA © Armees.com

Le ministère des Armées se dote d’un supercalculateur d’intelligence artificielle, un projet de grande envergure confié au tandem Hewlett-Packard/Orange. En écartant l’offre d’Atos, le ministre Sébastien Lecornu a attisé les débats sur la souveraineté numérique. Mais au-delà de la « polémique », quelles sont les véritables raisons derrière ce choix stratégique ?

Un choix critiqué par certains pour la souveraineté numérique

Le ministère des Armées a officiellement sélectionné le duo Hewlett-Packard et Orange le 24 octobre 2024 pour fournir un supercalculateur dédié aux applications militaires d’intelligence artificielle. Cet outil de pointe sera livré en 2025 au Mont-Valérien à Suresnes. Ce supercalculateur, considéré comme le plus puissant d’Europe dans sa catégorie, permettra à la France de traiter des données militaires classifiées en autonomie. Son architecture et sa sécurisation ont été pensées pour garantir une indépendance opérationnelle et éviter les risques de cybersécurité. Pour le ministère, l’urgence d’une infrastructure fiable et performante a primé sur une production 100% française.

Le rejet de l’offre d’Atos, seule entreprise française en lice, a suscité de vives réactions. Certains estiment que cette décision compromet la souveraineté numérique de la France. Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a répondu sans détours aux critiques sur LCI, dénonçant un débat qu’il juge « médiocre ». Pour lui, la souveraineté numérique ne se « décrète pas par un tweet ». Dans ses déclarations, il souligne l’inévitable dépendance aux puces GPU, fabriquées par l’Américain Nvidia, un leader incontesté des processeurs graphiques nécessaires aux calculs d’IA (Nvidia fournit et produit 95% des puces dans le monde). En clair, la France aurait peu de marge de manœuvre pour garantir une production nationale à chaque étape.

Supercalculateur IA : ce n’est pas vraiment une défaite pour Atos

Pour répondre aux préoccupations de sécurité, le ministère des Armées assure que ce supercalculateur sera déconnecté d’Internet et exclusivement maintenu par des citoyens français habilités au « secret défense ». Cette infrastructure ultra-sécurisée permettra aux armées de traiter des données sensibles sans recourir à des acteurs étrangers pour la maintenance. Le choix d’Orange pour gérer la partie logicielle renforce également la dimension locale de cette collaboration, Orange étant une entreprise française reconnue pour son expertise en cybersécurité.

L’éviction d’Atos représente un revers pour cette entreprise, pourtant leader national dans le domaine des supercalculateurs. Stéphane Roder d’AI Builders, regrette ce qu’il considère comme une occasion manquée de bâtir une véritable filière française de l’intelligence artificielle. « Cette décision marque une opportunité manquée de créer une filière française, voire européenne, de l’intelligence artificielle. Elle semble inexplicable, presque comme un coup de grâce aux activités de Bull reprises par Atos. Une fois de plus, les gouvernements successifs échouent à bâtir un cercle vertueux dans le domaine numérique. » Cependant, le ministère affirme qu’Atos n’est pas abandonné. Un programme de soutien, en partenariat avec la Direction générale de l’armement (DGA), devrait permettre à Atos de se renforcer et de mieux se positionner pour de futurs appels d’offres dans le secteur militaire.

L’IA devient désormais un outil indispensable pour anticiper, planifier et protéger. L’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense (Amiad), qui supervise ce projet, voit dans ce supercalculateur une base de lancement pour les futures applications IA. D’ici à 2026, elle prévoit le recrutement de 300 ingénieurs et développe des projets novateurs, notamment un chatbot type ChatGPT nommé « Génial », conçu pour accompagner les agents du ministère des Armées et des Anciens combattants dès la fin de l’année 2024. L’Amiad dispose d’un budget de 300 millions d’euros.

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