Sopra Steria place une ingénieure de l’armement à la tête de sa division Défense

Laura Chaubard, polytechnicienne et ancienne directrice de l’École polytechnique, prend la direction du vertical Défense, Sécurité et Spatial de Sopra Steria à compter du 1er septembre 2026. Le groupe de services numériques, qui réalise 13 % de son chiffre d’affaires dans ce secteur, entend se positionner comme partenaire européen de référence sur les systèmes critiques, alors que les dépenses militaires du continent repartent à la hausse.

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Sopra Steria place une ingénieure de l’armement à la tête de sa division Défense © Armees.com

Sopra Steria recrute dans le vivier de l’État. Le groupe de services numériques, qui emploie 51 000 personnes en Europe et a réalisé 5,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, vient de nommer Laura Chaubard à la tête de son vertical Défense, Sécurité et Spatial. Polytechnicienne, ingénieure générale de l’armement, première femme à avoir dirigé l’X, la nouvelle recrue intégrera le comité exécutif du groupe dès le 1er septembre 2026.

Le choix n’est pas anodin. Sopra Steria affiche une ambition claire : devenir un acteur de référence sur les systèmes critiques européens, au moment où les États du continent augmentent leurs budgets militaires à un rythme inédit depuis trente ans. Le vertical Défense, Sécurité et Spatial représente déjà 13 % du chiffre d’affaires du groupe. Autrement dit, environ 730 millions d’euros en 2025, un montant qui en fait l’un des moteurs de croissance stratégiques de l’entreprise.

Un profil taillé pour les enjeux de souveraineté

Laura Chaubard n’arrive pas les mains vides. Son parcours de vingt ans au sein de l’État épouse exactement les enjeux que Sopra Steria entend adresser. À la Direction générale de l’armement (DGA), elle a d’abord travaillé six ans sur le big data et l’intelligence artificielle appliqués au renseignement, avant de diriger le bureau des PME stratégiques, chargé d’identifier et de soutenir les quelque 600 PME françaises d’intérêt pour la défense. Elle a ensuite piloté la préparation capacitaire de la Loi de programmation militaire 2018-2022.

Mais c’est surtout entre 2017 et 2019, comme conseillère pour l’innovation et le numérique de la ministre des Armées Florence Parly, qu’elle a laissé une empreinte. Elle a porté la création de l’Agence de l’innovation de défense, du fonds d’investissement Definvest, de la Direction générale du numérique et de la première feuille de route « Intelligence artificielle » du ministère. Autant de dispositifs qui structurent aujourd’hui l’écosystème français de l’innovation de défense. En 2022, elle devient directrice générale de l’École polytechnique, une première pour une femme.

Sopra Steria entre deux mondes

Le groupe occupe une position singulière dans le paysage industriel européen. Il n’est ni un grand industriel de défense comme Thales ou Dassault, ni un fournisseur technologique mondial comme Amazon Web Services ou Microsoft. Sopra Steria se présente comme un intégrateur de systèmes critiques : commandement, renseignement, cybersécurité, traitement souverain de la donnée, segments sol et applications spatiales.

Le groupe s’appuie notamment sur CS Group, filiale détenue à 100 %, intégrateur reconnu de systèmes critiques pour la défense et la sécurité. En mai 2026, Sopra Steria a finalisé l’acquisition de Starion et Nexova, deux sociétés qui renforcent ses capacités dans le spatial et la cybersécurité. Le groupe ne précise pas le montant de ces acquisitions, mais leur calendrier n’est pas neutre : elles interviennent au moment où l’Europe cherche à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des acteurs extra-européens.

L’Europe réarme, les industriels se repositionnent

Le contexte joue en faveur de Sopra Steria. Depuis le retour de la guerre en Ukraine en 2022, les budgets de défense européens augmentent à un rythme inédit. L’Allemagne a annoncé un plan de 100 milliards d’euros, la France a porté son effort de défense à 2 % du PIB, puis au-delà. L’Union européenne elle-même affirme une ambition d’autonomie stratégique, un terme qui recouvre en réalité une question très concrète : qui concevra et maintiendra les systèmes critiques sur lesquels reposeront la défense, la sécurité et l’accès à l’espace du continent ?

Le choix des acteurs et leur degré d’indépendance vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine devient une question centrale. C’est précisément sur ce terrain que Sopra Steria entend se positionner. Rajesh Krishnamurthy, le CEO du groupe, déclare : « Les ambitions se jugent aux moyens qu’on y met. Laura Chaubard a construit, au cœur de l’État, des dispositifs d’innovation de défense qui font aujourd’hui référence. Alors que l’Europe cherche qui concevra les systèmes critiques sur lesquels reposeront sa défense, sa sécurité et son accès à l’espace, le recrutement de Laura Chaubard doit nous permettre de franchir ce cap. »

La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit

Laura Chaubard, de son côté, affiche une conviction qui résume bien l’enjeu : « La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit, avec des technologies maîtrisées, des équipes d’ingénieurs investies et des industriels capables de tenir leurs engagements dans la durée. » Le message est clair : il ne suffit pas de parler d’autonomie stratégique, encore faut-il disposer des capacités industrielles et technologiques pour la garantir.

Reste que Sopra Steria devra démontrer qu’il peut tenir le rythme. Le groupe fait face à une concurrence intense, tant de la part des grands industriels de défense que des géants du cloud, qui cherchent eux aussi à se positionner sur les marchés publics sensibles. La nomination de Laura Chaubard envoie un signal fort : Sopra Steria entend jouer dans la cour des acteurs souverains. Mais les ambitions, comme le rappelle le CEO, se jugent aux moyens qu’on y met. Et surtout, aux résultats qu’on obtient.

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