Le 24 septembre 2025, la crise de gouvernance du SCAF atteint un point de non-retour. Depuis 2017, le projet d’avion de combat franco-allemand-espagnol peine à arbitrer « qui décide quoi » sur le cœur du système, et la France prévient désormais qu’elle pilotera « seule » le chasseur du SCAF si la gouvernance n’évolue pas, un message adressé à Berlin et Madrid pour remettre le développement sur des rails.
SCAF : la gouvernance qui déraille sur le cœur avion de combat
Le SCAF est structuré par piliers, toutefois le NGF — l’avion habité — concentre les frictions, car Dassault réclame un rôle de maître d’œuvre resserré alors qu’Airbus défend un partage collégial avec l’Allemagne et l’Espagne. Ainsi, les décisions se diluent, le projet ralentit, et les arbitrages techniques cruciaux se heurtent à une mécanique à trois verrous, alors même que la pression opérationnelle sur la Défense s’accroît. « Si on ne parvient effectivement pas à trouver d’accord sur une réorganisation du programme, la France saura faire un avion de chasse seule, ce qui ne veut pas dire en franco-français », a déclaré un responsable français, selon l’AFP.
En miroir, Dassault assume publiquement la capacité industrielle nationale sur le SCAF : « Nous savons tout faire de A à Z ; nous l’avons prouvé depuis plus de 70 ans », a affirmé Éric Trappier cité par Reuters. Le patron du fleuron français de la Défense précise aussi la règle de pilotage qu’il souhaite pour le SCAF : « Je veux que ce soit le “meilleur athlète” qui décide ».
La ligne politique française s’est durcie parce que le SCAF pèse lourd et exige des choix rapides. D’une part, l’ordre de grandeur global du projet frôle 100 milliards d’euros et l’horizon d’entrée en service vise 2040 ; d’autre part, les partenaires reconnaissent qu’il faut décider de la « phase 2 » et de son démonstrateur d’avion pour maintenir la crédibilité du développement.
SCAF : quels scénarios si la gouvernance ne se règle pas ?
Le premier scénario pour le SCAF consiste à réorganiser la gouvernance en confiant clairement le NGF à Dassault, tout en laissant à Airbus un périmètre de responsabilités cohérent sur d’autres piliers, afin d’accélérer le développement de l’avion et de l’armement associés. Ce schéma, défendu publiquement par la France, permettrait de tenir la séquence démonstrateur dès la phase 2 et de restaurer la confiance industrielle au sein du projet commun avec l’Allemagne et l’Espagne ; il répond aussi à l’impératif de la Défense française, qui doit garantir la mission de dissuasion depuis l’avion futur du SCAF, souligne TF1 INFO. Cependant, ce compromis suppose de dépasser les logiques de quotas et d’accepter, sur les choix critiques de combat aérien, l’autorité du « meilleur athlète », comme l’a résumé Éric Trappier.
Le second scénario assume une bifurcation : la France conduirait « seule » le chasseur du SCAF, tout en ouvrant des coopérations ciblées sur capteurs, moteurs ou effecteurs, afin d’éviter une duplication coûteuse de l’armement et de l’avionique. Ce chemin préserverait la cohérence du développement et la continuité capacitaire de la Défense, mais il reporterait sur le budget national une part accrue du risque financier ; de plus, il réécrirait le récit politique d’un projet censé incarner la coopération avec l’Allemagne et l’Espagne.
Néanmoins, l’État a laissé entendre qu’il privilégiait d’abord un accord de gouvernance, puisque le communiqué relayé par le GIFAS fixe, pour le SCAF, une cible de décision « fin 2025 » sur la phase 2 afin de ne pas rater l’échéance 2040. Ainsi, l’alternative « solo » demeure un levier de négociation, mais elle est désormais crédible, et elle pèse sur chaque réunion.








