Le 20 juin 2025 s’est refermée la 55e édition du Salon du Bourget, un événement scruté à la loupe dans un contexte mondial marqué par la guerre et le réarmement. Si Airbus a su tirer son épingle du jeu, c’est bien la montée en puissance des drones militaires et des programmes de coopération militaire européenne qui ont donné le ton à ce Paris Air Show où Boeing était absent.
Un Paris Air Show aux allures de terrain d’exercice
Le climat du Salon du Bourget 2025 n’a rien d’anodin. Dans un contexte de réarmement généralisé, la vitrine technologique française a viré au vert militaire. Comme le rapporte Les Échos, « ce contexte a donné à l’événement une coloration plus kaki que d’ordinaire, avec un foisonnement de projets de drones et de missiles décuplés par rapport à l’édition précédente ».
La part des drones militaires dans les démonstrations a explosé. Le Fury d’Anduril, le Ruta de Destinus — favori de l’armée ukrainienne — ou encore les prototypes armés de Baykar et Leonardo ont dominé la scène. La PME française Turgis & Gaillard a présenté son drone Aarok.
Cette année, missiles et bombes n’étaient plus dissimulés : toute la gamme était exposée sous le Rafale Dassault, tandis que le stand de MBDA ne désemplissait pas, reflet d’une industrie de défense en plein essor.
Airbus à l’offensive malgré des créneaux saturés
Le retrait de Boeing a offert à Airbus un véritable boulevard. Le constructeur européen a cumulé 143 commandes fermes et 102 engagements d’achat, pour un total estimé à 20 milliards de dollars, selon Les Échos.
L’A350 s’est particulièrement distingué avec 53 nouvelles commandes, et l’A220, à l’arrêt depuis des mois, a engrangé 40 unités. Trois clients inédits : LOT, AviLease, et MNG. Toutefois, la commande de 100 A321 Vietjet reste au stade de protocole.
Airbus reconnaît être à la limite de ses capacités : il n’y aura pas de créneaux disponibles avant 2030 pour ses A320 et A350. L’objectif : produire 75 A320 par mois d’ici 2027.
Le KC-390 et le GlobalEye marquent des points
Dans le secteur militaire, deux appareils ont capté l’attention : le KC-390 Embraer et le GlobalEye Saab. Le premier a séduit le Portugal et la Lituanie, rejoignant cinq autres pays européens. Moins imposant que l’A400M, le KC-390 convient mieux aux armées aux budgets intermédiaires.
Le GlobalEye, radar aéroporté, a fait l’objet d’un accord de principe entre la France et la Suède. Paris pourrait ainsi renoncer à une version Dassault pour privilégier la solution suédoise, dans le cadre d’un échange industriel : avions radar contre missiles Aster, frégates FDI contre équipements électroniques.
MBDA, Safran, Dassault : les puissances complémentaires
Le stand Rafale Dassault a connu un succès politique, tandis que Safran a levé le voile sur le moteur M88 T-REX, conçu pour le Rafale standard 5 et ses missions en binôme avec des drones. Ce moteur vise une poussée de 9 tonnes, soit +20 % par rapport à la version actuelle.
Enfin, plusieurs exposants israéliens ont été interdits d’accès, mettant en lumière les tensions géopolitiques implicites du Salon. L’édition 2025 est ainsi devenue un miroir fidèle des rapports de force internationaux.
Au-delà des commandes, le Salon du Bourget 2025 révèle les lignes de fracture et les alliances d’un monde en mutation. Les succès d’Airbus, l’émergence des drones de combat, l’impact du KC-390 ou encore la percée du GlobalEye Saab démontrent à quel point l’industrie aéronautique s’ancre désormais dans les réalités du réarmement mondial. Le Paris Air Show n’est plus seulement une vitrine technologique : c’est un baromètre stratégique.








