L’histoire de l’Égypte ancienne est pleine d’intrigues et de complots qui auraient leur place dans un bon roman. Parmi ces épisodes marquants, la conspiration du harem royal – à l’origine de l’assassinat de Ramsès III (qui a régné de 1186 à 1155 avant J.-C.) – se démarque particulièrement. Cet événement dramatique, que certains comparent aux manœuvres de « Game of Thrones », dévoile les luttes intestines de la famille royale.
La conspiration du harem
Aux alentours de 1155 avant J.-C., Tiyi, l’une des épouses secondaires de Ramsès III (connue pour son influence dans le palais), mit en place un plan audacieux. Elle voulait voir son fils, Pentaour, accéder au trône et ainsi écarter Ramsès IV, le fils issu du premier mariage du pharaon. L’objectif était double : éliminer Ramsès III et empêcher l’accession du véritable héritier. Environ trente personnes furent mêlées à cette affaire. Au final, dix-sept conspirateurs furent condamnés à mort tandis que sept, dont Pentaour, se virent proposer le choix du suicide par empoisonnement.
Révélations archéologiques et documents anciens
C’est grâce à des trouvailles archéologiques du XIXᵉ siècle que ce sombre épisode refait surface. Des antiquaires européens découvrirent notamment un papyrus judiciaire datant du XIIᵉ siècle avant J.-C., qui décrit en détail le procès pour trahison impliquant Tiyi et son fils Pentaour. De plus, la traduction récente des hiéroglyphes, rendue possible grâce à la pierre de Rosette, a permis d’éclairer davantage cette affaire.
L’organisation du harem royal
Le harem royal était le vrai centre de manœuvre du pouvoir en Égypte ancienne. Ramsès III avait sa femme principale, Tyti, ainsi que plusieurs épouses secondaires, dont Tiyi, qui jouait un rôle déterminant dans l’ambiance du palais. Avec près de 100 enfants issus de ces unions, choisir un successeur relevait d’un vrai casse-tête. En 1164 avant J.-C., la mort d’un prince héritier fit vaciller encore davantage la succession, laissant le plus jeune fils de Tyti comme héritier présomptif.
La science moderne révèle l’assassinat
Pendant longtemps, les circonstances de la mort mystérieuse de Ramsès III restèrent floues. Ce n’est qu’en 2012 que la science est venue mettre un point final aux interrogations. Zahi Hawass et Albert Zink ont publié dans le British Medical Journal les résultats d’une tomodensitométrie (c’est-à-dire un scanner médical) qui a révélé une entaille de 7 cm sous le larynx du pharaon – une blessure mortelle. À noter qu’une amulette représentant l’œil d’Horus avait également été trouvée insérée dans la plaie, renforçant l’idée d’un assassinat prémédité.
L’homme E, un drame familial
En 1886, lors d’une expédition dans le tombeau de Ramsès III par des chasseurs de trésors, une autre momie fut découverte aux côtés du pharaon. Il s’agissait d’un jeune homme âgé entre 18 et 20 ans, que l’on a surnommé l’Homme E. Contrairement aux pratiques habituelles, il n’avait pas été embaumé et avait simplement été enveloppé dans une peau de mouton. Son visage, sérieusement déformé, laisse penser à une mort violente ou douloureuse. Des analyses ADN ont montré qu’il partageait la même lignée que Ramsès III, ce qui laisse à penser qu’il pourrait bien s’agir de Pentaour lui-même. Cette découverte alimente l’hypothèse selon laquelle Pentaour aurait été contraint de se suicider après l’échec du complot.
L’héritage et les suites
Malgré cette tentative d’usurpation qui tourna mal, c’est finalement le fils légitime de Tyti qui prit le pouvoir sous le nom de Ramsès IV, succédant ainsi à son père après sa mort tragique en 1155 avant J.-C. Son règne, pour ne pas dire mouvementé avec des invasions, des difficultés économiques et des problèmes domestiques, reste l’un des épisodes les plus marquants de l’Égypte ancienne.








