La régulation des substances chimiques PFAS (per- et polyfluoroalkylées), souvent qualifiées de « polluants éternels », a fait l’objet d’un traitement législatif accéléré en France avec l’adoption de la loi du 27 février 2025. Si le contenu technique du texte est connu, une enquête publiée fin juin 2025 par l’École de Guerre Économique (EGE) en éclaire les conditions d’élaboration sous un angle inédit : celui de l’affrontement informationnel asymétrique. L’étude analyse le rôle des narratifs médiatiques, des mécanismes d’influence cognitive et des circuits de financement dans la mise à l’agenda politique du sujet. Elle identifie cette séquence comme un exemple concret de guerre informationnelle appliquée au champ réglementaire, dans un contexte de compétition internationale.
PFAS : Une opération structurée de pression cognitive
Le rapport, intitulé PFAS et guerre informationnelle, ne porte pas sur les propriétés chimiques des PFAS ni sur leur dangerosité potentielle, mais sur la manière dont l’opinion publique, les administrations et le législateur ont été progressivement mobilisés à travers une dynamique d’influence construite. Il s’agit, selon ses auteurs, d’une « attaque informationnelle et réglementaire contre une filière industrielle stratégique », menée selon des logiques similaires à celles observées dans d’autres secteurs sensibles.
Le document identifie plusieurs leviers caractéristiques d’une guerre informationnelle : la simplification sémantique (le terme « polluants éternels » se substituant au vocabulaire scientifique), la diffusion visuelle d’une cartographie anxiogène, l’amplification médiatique via des documentaires et tribunes, et la montée en charge émotionnelle autour d’un récit de contamination généralisée.
Le rôle du Forever Pollution Project
L’un des éléments centraux analysés est le Forever Pollution Project, un collectif européen de journalistes ayant coordonné une enquête sur la pollution aux PFAS à l’échelle du continent. Cette structure a publié une carte de 23 000 sites supposément contaminés, reprise dans plusieurs médias français. Le rapport de l’EGE note que cette initiative a eu un impact direct sur l’agenda politique, en devenant une source référentielle utilisée dans les travaux parlementaires.
Le financement de cette entité constitue un point d’attention majeur. Selon le rapport relayé par Le Point, le collectif est financé à 47 % par la fondation britannique Arcadia, et bénéficie de subventions publiques du gouvernement flamand et de la Commission européenne par l’intermédiaire de la plateforme journalismfund.eu. Cette configuration introduit une dimension transnationale dans la formation d’un récit réglementaire en France. Le journal écrit : « Le Forever Pollution Project bénéficie donc d’un financement totalement étranger, par la Commission européenne et le gouvernement flamand ».
La « capture institutionnelle » : nouveau cheval de Troie de la guerre informationnelle
Le rapport souligne que plusieurs agences publiques françaises (notamment sanitaires) ont repris les contenus de cette campagne comme base de travail, en l’absence d’expertise contradictoire. L’École de Guerre Économique qualifie ce processus de « capture institutionnelle », défini comme le phénomène par lequel le récit militant devient une norme implicite, acceptée sans validation scientifique par les structures de l’État.
Cette capture narrative a eu pour effet de précipiter une réponse législative, sans qu’une étude d’impact complète ne soit exigée. Le communiqué de presse accompagnant la publication de l’enquête de l’Ecole de Guerre Economique précise : « Ce texte législatif a été voté dans la précipitation, sans véritable étude d’impact économique ni prise en compte des conséquences industrielles et sociales. »
Un précédent stratégique pour les institutions françaises
Si l’étude se concentre sur le cas des PFAS, elle le présente comme un précédent stratégique, révélateur d’une méthode applicable à d’autres domaines : sécurité alimentaire, nucléaire civil, industries extractives. Le rapport appelle à la reconnaissance de ces dynamiques comme des formes contemporaines de conflit : non militaires, mais orientées vers l’affaiblissement normatif ou industriel d’un acteur ciblé, par le biais de l’émotion et de la saturation médiatique.
L’un des objectifs affichés est de nourrir une capacité d’anticipation stratégique face à ce type d’opération : cartographier les relais informationnels, analyser les sources de financement, renforcer la vigilance institutionnelle, et développer une culture du contradictoire dans la fabrication des normes. « Cette affaire PFAS constitue une démonstration d’école de la manière dont des acteurs informationnels, financés par des intérêts extérieurs, peuvent influencer profondément l’élaboration d’un cadre réglementaire national », résume le communiqué de l’EGE.








