Pétrole : les exportations via Ormuz retrouvent leur niveau d’avant-guerre

Les exportations de pétrole brut via le détroit d’Ormuz ont retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre grâce aux escortes militaires américaines et à l’utilisation massive d’oléoducs.

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Pétrole : les exportations via Ormuz retrouvent leur niveau d’avant-guerre © Armees.com

Les flux de pétrole brut à travers le détroit d’Ormuz ont presque retrouvé les niveaux d’avant le conflit entre les États-Unis et l’Iran, déclenché en février dernier. Selon Kpler, une société spécialisée dans le suivi des flux maritimes, les exportations atteignaient 13,5 millions de barils par jour (mbj) en moyenne mobile sur sept jours au 28 septembre, un volume aligné sur celui d’avant-guerre, offrant un premier signe d’apaisement pour les marchés énergétiques mondiaux.

Cependant, cette apparente normalisation masque une situation contrastée. Bien que le marché du brut semble stabilisé grâce à l’escorte militaire américaine et aux oléoducs contournant le détroit, les exportations de produits raffinés restent sévèrement réduites. Au 28 septembre, les flux de diesel, d’essence et de kérosène ne représentaient que 677 000 barils par jour, soit seulement 19 % du niveau d’avant-guerre de 3,6 millions de barils par jour, provoquant des tensions sur les marchés mondiaux des carburants et menaçant la stabilité économique de nombreux pays.

Réorganisation logistique sous protection militaire

La restauration des volumes de brut transitant par Ormuz ne résulte pas d’une réelle détente dans la région mais d’une réorganisation logistique et militaire. Selon Kpler, plus de 70 % du pétrole brut passant par le détroit en août a été transbordé au large des Émirats arabes unis ou d’Oman. Des navettes transportent le brut à travers Ormuz jusqu’au golfe d’Oman, où il est transféré à destination de l’Asie.

Helima Croft, de RBC Capital Markets, a déclaré sur CNBC que cet engagement militaire américain est considérable et coûteux. Les États du Golfe ne considèrent pas ce dispositif comme un substitut valide à une réouverture sécurisée du détroit.

Les oléoducs, une alternative vulnérable

Pour faire face à l’insécurité maritime, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont augmenté l’utilisation de leurs oléoducs, qui transportent maintenant environ 40 % du pétrole brut du Golfe en contournant Ormuz. Cependant, ces infrastructures ne sont pas à l’abri des attaques, comme l’a montré l’endommagement du pipeline Est-Ouest saoudien par un drone début septembre, bien que les exportations aient repris depuis.

Aggravation de la pénurie de produits raffinés

Le segment des produits raffinés est particulièrement préoccupant. Natasha Kaneva de JPMorgan note que le marché du brut s’est stabilisé alors que l’approvisionnement en produits raffinés reste limité. Les dégâts aux raffineries du Moyen-Orient maintiennent hors service environ deux millions de barils par jour. De plus, le transport de produits raffinés est plus risqué en raison de leur inflammabilité, ce qui dissuade les armateurs de traverser Ormuz.

La crise s’inscrit dans un contexte mondial tendu. Les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes ont réduit les capacités, et Moscou a prolongé l’interdiction des exportations de diesel. Avant 2022, la Russie comptait pour environ 10 % des exportations mondiales de diesel, et son absence accroît les tensions d’approvisionnement.

Flambée des prix et défis économiques

La pénurie de carburants se traduit par une flambée des prix. Aux États-Unis, le diesel a atteint 6,53 dollars le gallon en septembre, une hausse de plus de 70 % par rapport aux niveaux d’avant-guerre. Le prix moyen était encore de 6,41 dollars le gallon le 30 septembre, mettant une pression considérable sur les entreprises et les consommateurs.

Pression sur l’Iran malgré les sanctions

Les sanctions et le blocus naval américain ont des effets économiques dévastateurs sur l’Iran. Selon le secrétaire au Trésor Scott Bessent, l’Iran pourrait bientôt ne plus avoir rien à échanger avec la Chine. Néanmoins, Téhéran continue de défier les États-Unis, avec des attaques répétées sur les navires dans le détroit d’Ormuz.

Trois pétroliers ont été touchés par des projectiles non identifiés le 29 septembre dans le détroit, et l’Autorité du détroit du Golfe Persique a averti les affréteurs des dangers d’utiliser des « routes illégales » à travers Ormuz.

Les tentatives de négociation sont dans l’impasse. L’Iran a proposé de rouvrir Ormuz si les États-Unis levaient le blocus, mais cet accord a échoué, relançant les combats. Trump envisage de reprendre les bombardements après les élections de mi-mandat, et les experts prévoient une intensification des tensions.

Marchés sous tension malgré la reprise

Les marchés pétroliers reflètent l’ambivalence de la situation. Le Brent a baissé de 2,6 % pour s’établir à 102,59 dollars le baril, mais il se dirigeait vers un gain de 13 % en septembre. Les coûts d’assurance pour les pétroliers restent élevés en raison des risques perçus dans la région.

Matt Smith de Kpler estime que l’influence de Téhéran diminue, mais les attaques continues montrent qu’un retour à la normale n’est pas à l’horizon. La perspective d’une escalade militaire reste une menace.

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