Marine Le Pen présente son contre-budget pour 2027. Les chefs d’entreprise ne sont pas convaincus, les économistes non plus. Mais c’est du côté des armées que le flou est le plus inquiétant : à l’heure où la France doit tenir sa Loi de Programmation Militaire, promettre sans financer est une faute stratégique.
413 milliards €
Montant total de la LPM 2024-2030 voté par le Parlement — la trajectoire la plus ambitieuse depuis la guerre froide, conditionnée à des finances publiques saines.
Un contre-budget sans boussole militaire
Les Échos le pointent sans détour : les chefs d’entreprise ne croient pas à la copie budgétaire du Rassemblement national. Derrière les promesses de baisses de charges et de dépenses non financées, c’est toute une arithmétique qui s’effondre. Mais il y a une victime silencieuse que personne ne mentionne assez : la défense nationale.
La LPM 2024-2030, votée avec un rare consensus parlementaire, prévoit une montée en puissance continue des crédits militaires, de 43,9 milliards d’euros en 2024 à 67 milliards en 2030. Cette trajectoire n’est pas un luxe. C’est le rattrapage d’un quart de siècle de désinvestissement. Chaque euro promis doit être livré. Or, quand on promet simultanément de baisser la fiscalité, d’augmenter les pensions, de protéger les régimes spéciaux et de réduire le déficit, on aboutit à une quadrature du cercle. Et dans ces arbitrages impossibles, c’est toujours la défense qui trinque en dernier recours — précisément parce qu’elle ne manifeste pas dans la rue.
Force est de constater qu’aucun grand parti, aujourd’hui, ne présente une trajectoire budgétaire globale cohérente avec le maintien intégral de la LPM. C’est le vrai scandale de la campagne qui s’ouvre.
Le modèle des voisins : dépenser moins, dépenser mieux
On peut se demander si la question est seulement celle du volume. Regardons nos voisins. La Suède consacre 2,4 % de son PIB à la défense et vient d’intégrer l’OTAN avec une industrie militaire compétitive, des réservistes formés, une chaîne logistique résiliente. Le Danemark a décidé de passer à 3 % d’ici 2030 — et il finance cela par une revue générale des dépenses publiques, pas par de la dette supplémentaire.
La France, elle, dépasse les 58 % de PIB en dépenses publiques — record absolu parmi les économies développées. Elle a les moyens de financer sa défense. Ce qu’elle n’a pas, c’est la discipline budgétaire pour le faire sans emprunter davantage. Chaque milliard consacré aux 47 régimes de retraite spéciaux, aux doublons entre les 500 000 normes administratives et les mille-feuilles territoriaux, c’est un milliard qui ne va pas à un char Leclerc rénové, à un satellite de surveillance ou à la cyberdéfense.
La vraie réforme de la défense commence par la réforme de l’État. Pas l’inverse.
2027 : l’heure de vérité budgétaire approche
La présidentielle 2027 sera, qu’on le veuille ou non, un référendum sur la capacité de la France à se financer elle-même. Avec 3 460 milliards d’euros de dette et un déficit structurel qui s’incruste, la marge de manœuvre rétrécit chaque trimestre.
Les candidats qui promettent de tenir la LPM tout en évitant les réformes structurelles mentent aux électeurs et aux militaires. Tenir la trajectoire de défense exige de couper ailleurs — massivement, sérieusement, courageusement. Cinq points de PIB de dépenses publiques en moins, c’est précisément ce qui permettrait de sanctuariser le budget des armées sans hypothéquer l’avenir.
L’équation est posée, les chiffres sont connus. Il ne manque que des responsables politiques assez courageux pour y répondre honnêtement.


