La Chine soutient discrètement mais massivement l’effort de guerre iranien. Pétrole, technologies duales, renseignement naval : Pékin joue un jeu dangereux que l’Occident peine encore à nommer clairement. Pour la France et ses armées, cette réalité géopolitique impose une révision urgente de nos priorités stratégiques — et de notre budget défense.
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Part estimée du pétrole iranien exporté malgré les sanctions qui transite via des circuits contrôlés ou tolérés par Pékin, selon les analystes du marché des matières premières.
La Chine joue avec le feu — et nous en subissons la chaleur
Le Monde le confirme ce mercredi : malgré les sanctions internationales, Pékin continue d’acheter massivement le pétrole iranien, de livrer des biens à double usage — civils en apparence, militaires en réalité — et de positionner ses navires de renseignement dans des zones stratégiques sensibles. Ce n’est pas de la complicité passive. C’est une stratégie délibérée, froide, calculée.
Force est de constater que la Chine n’a pas besoin de tirer un seul obus pour affaiblir l’Occident. Il lui suffit de maintenir sous perfusion des régimes qui le font à sa place. L’Iran en est l’exemple le plus flagrant : financé, équipé, soutenu technologiquement par Pékin, il représente aujourd’hui une menace directe pour la stabilité du Moyen-Orient, pour nos alliés dans la région, pour les routes d’approvisionnement énergétique européennes et pour nos ressortissants expatriés — dont des milliers de Français installés à Dubaï ou au Qatar.
Cette réalité doit s’imposer dans nos salles de planification stratégique. Nos états-majors ne peuvent plus traiter la menace iranienne sans intégrer la variable chinoise en amont. Ce sont deux dossiers qui n’en font qu’un.
Budget défense : arrêtons de nous féliciter trop vite
La France a certes augmenté son budget des armées ces dernières années. La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un effort réel, indéniable. Mais comparons : l’Allemagne, après des décennies de sous-investissement honteux, a débloqué 100 milliards en un seul Sondervermögen dès 2022. Les Pays-Bas atteignent désormais les 2% du PIB exigés par l’OTAN. La Suisse, pays neutre, investit massivement dans sa cyberdéfense et ses capacités souveraines.
Je pense que la France se berce encore trop souvent d’illusions sur sa puissance réelle. Nous avons la bombe. Nous avons le siège permanent au Conseil de sécurité. Nous avons des soldats sur plusieurs théâtres simultanément. Mais avons-nous les moyens de nos ambitions face à un arc de crise qui va désormais de Moscou à Téhéran, avec Pékin en chef d’orchestre discret ?
La réponse honnête est non. Pas encore. Et le temps presse. Pendant que nos débats politiques s’épuisent sur les quatre mesures d’économie budgétaire que préconise Charles de Courson pour redresser des comptes publics en lambeaux, nos compétiteurs stratégiques, eux, investissent sans complexe dans leur puissance militaire.
Cyberdéfense : le maillon faible qu’on ne peut plus ignorer
L’actualité du jour offre un autre signal d’alarme. Le Financial Times révèle que des hackers ont exploité des failles de sécurité élémentaires chez des enseignes françaises de la distribution — mots de passe faibles, systèmes non protégés. Le patron de l’ANSSI le dit sans détour : c’était évitable.
Que dire alors de nos infrastructures critiques ? De nos réseaux industriels de défense ? Si des réfrigérateurs connectés deviennent des vecteurs d’attaque, imaginez ce que des acteurs étatiques — chinois, russes, iraniens — peuvent faire sur nos systèmes d’information militaires ou nos chaînes d’approvisionnement en armements.
La cyberdéfense n’est plus un sujet de niche pour geeks en uniforme. C’est un enjeu de souveraineté nationale au même titre que nos sous-marins nucléaires. Il est temps que notre budget — et nos mentalités — le reflètent enfin.
L’ennemi ne vous attend pas là où vous le regardez.


