OTAN à Ankara : la Turquie dicte, l’Europe paie

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OTAN à Ankara : la Turquie dicte, l'Europe paie
OTAN à Ankara : la Turquie dicte, l'Europe paie | Armees.com

Le sommet de l’OTAN s’ouvre cette semaine à Ankara, sur le sol d’un allié qui a passé des années à flirter avec Moscou et à rançonner ses partenaires occidentaux. Pendant ce temps, la France continue de débourser pour une Alliance dont elle peine à peser les arbitrages. Il est temps de poser la question que personne n’ose formuler : en avons-nous pour notre argent ?

2 %

Le seuil du PIB consacré à la défense exigé par l’OTAN — que la France atteint enfin en 2025, après des décennies de sous-investissement chronique.

La Turquie, actionnaire minoritaire qui vote comme un majoritaire

Voilà une image qui résume parfaitement le paradoxe otanien : le sommet de l’Alliance se tient cette semaine à Ankara, dans la capitale d’un pays qui a livré des drones Bayraktar à l’Ukraine tout en vendant simultanément son amitié à Vladimir Poutine, bloqué l’adhésion de la Suède pendant dix-huit mois pour en tirer des contreparties politiques, et maintenu des relations commerciales florissantes avec Moscou alors que l’Europe saignait de ses sanctions. Recep Tayyip Erdoğan a transformé l’appartenance à l’OTAN en levier de négociation permanent. Et force est de constater que la stratégie fonctionne.

La Turquie obtient, les autres paient. Washington lui accorde des dérogations sur les sanctions liées à l’achat de systèmes russes S-400. Les Européens ferment les yeux sur ses « incursions » en Syrie, au Kurdistan, en Libye. Et l’Alliance, pour ne pas se fracturer, avale les couleuvres. Ce sommet d’Ankara n’est pas une victoire diplomatique de l’OTAN. C’est une consécration du fait accompli turc. Quand un allié accueille votre sommet annuel, il fixe l’agenda symbolique. Erdoğan le sait mieux que quiconque.

La France dans l’Alliance : présente à la caisse, absente aux commandes

Je ne suis pas de ceux qui prônent une sortie française du commandement intégré de l’OTAN — l’Histoire a montré que cette posture gaulliste avait ses limites stratégiques. Mais je refuse de prétendre que la France obtient de l’Alliance ce qu’elle y met. Notre pays consacre désormais environ 50 milliards d’euros annuels à sa défense. La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit un effort cumulé de 413 milliards d’euros. Ce sont des montants considérables, extraits des poches des contribuables français.

Pour quels résultats géopolitiques ? Paris reste marginalisé dans les décisions otaniennes dominées par Washington et, de plus en plus, par Varsovie et les Baltes — dont les budgets de défense atteignent désormais 3 à 4 % du PIB. La France dispose de l’arme nucléaire, d’un siège permanent au Conseil de sécurité, d’une industrie de défense souveraine. Elle devrait peser comme une grande puissance. Elle pèse, trop souvent, comme un donneur de leçons poli qu’on écoute avec déférence avant de décider sans lui.

Ankara, Damas, et le vide stratégique français

L’actualité de ce mardi illustre parfaitement ce décrochage. Le président syrien Ahmed Al-Charaa appelle la France à jouer un rôle actif contre « l’escalade » israélienne. Emmanuel Macron répond par une formule mesurée sur les « incursions non acceptables ». Pendant ce temps, c’est Washington qui négocie, Ankara qui positionne ses pions en Syrie du nord, et Tel-Aviv qui frappe. La France, elle, communique.

L’enjeu budgétaire et stratégique est pourtant clair : si la France accepte de porter 50 milliards annuels de dépenses militaires, elle doit en exiger le retour en influence réelle — en pesant sur les décisions de l’Alliance, en structurant une défense européenne crédible, en cessant d’être le bailleur de fonds poli d’une OTAN qui se réunit chez ceux qui la contestent le mieux. L’argent des Français mérite mieux qu’un strapontin à Ankara.

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