Ormuz, les intercepteurs et l’illusion de l’invincibilité américaine

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Ormuz, les intercepteurs et l'illusion de l'invincibilité américaine
Ormuz, les intercepteurs et l'illusion de l'invincibilité américaine | Armees.com

Cinq mois après l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Iran, les stocks d’intercepteurs américains s’épuisent. Pendant ce temps, les fleurons du CAC 40 affichent des profits en hausse de 50 %. La leçon est cruelle : en géopolitique, comme en économie, on ne peut pas dépenser sans compter indéfiniment.

50 %

Hausse des profits cumulés des principaux groupes du CAC 40 au premier semestre 2026, tirée en partie par la demande de défense générée par les conflits en cours.

L’Amérique à court de munitions : un aveu stratégique majeur

Donald Trump a beau jurer ses grands dieux qu’il dispose de « bien plus qu’il n’en faut », les faits sont têtus. Cinq mois après le début des frappes américaines contre l’Iran, les stocks d’intercepteurs de l’US Army et de la US Navy montrent des signes alarmants d’épuisement. Ce n’est pas un détail logistique : c’est un signal stratégique d’une portée considérable.

Depuis les travaux de l’historien Xavier Carpentier-Tanguy sur la « rhéocratie » — cet ordre mondial où la puissance se mesure au contrôle des flux plutôt qu’à la possession de territoires — on comprend mieux pourquoi le détroit d’Ormuz est le centre de gravité de ce conflit. Trente pour cent du pétrole mondial transite par ce goulet d’étranglement de 33 kilomètres. Celui qui le contrôle tient l’économie mondiale par la gorge. Et pour contrôler ce détroit, il faut des missiles. Des dizaines. Des centaines. Des milliers.

Or, les intercepteurs — Patriot, THAAD, SM-3 — ne se fabriquent pas comme des cartouches de fusil. Les délais de production se comptent en années. Les chaînes industrielles, souvent mono-sources, ne peuvent pas être « surgonflées » en quelques semaines. C’est là que la rhétorique de Trump se fracasse sur le réel.

L’industrie française : les profits de la guerre, sans la stratégie

Pendant que Washington gère ses ruptures de stocks, Paris encaisse. Les grands groupes du CAC 40 — et parmi eux, les industriels de la défense — affichent des résultats en hausse de près de 50 % au premier semestre 2026. Airbus Defence, Safran, Thales, MBDA via son actionnaire KNDS : le carnet de commandes déborde. La guerre, hélas, est le meilleur des marchés.

Force est de constater, cependant, que la France profite de cette dynamique sans avoir su, depuis des décennies, investir à la hauteur de ses ambitions. Notre base industrielle et technologique de défense (BITD) reste fragile sur certains segments critiques. Les munitions de précision, les drones de combat, les capacités de guerre électronique : nous avons accumulé des retards que la LPM 2024-2030, pourtant ambitieuse avec ses 413 milliards d’euros programmés, peine à combler assez vite.

Je pense que la vraie question n’est pas « combien dépensons-nous ? » mais « comment dépensons-nous ? ». Un euro investi dans une capacité industrielle souveraine vaut dix fois plus qu’un euro englouti dans des structures bureaucratiques de commandement.

La leçon d’Ormuz pour l’Europe : produire ou subir

Ce que le conflit irano-américain démontre avec une clarté brutale, c’est que la souveraineté militaire se prépare en temps de paix, sur les chaînes de production, dans les laboratoires, dans les budgets pluriannuels. Pas dans les discours.

L’Allemagne a doublé son budget défense. Les Pays-Bas atteignent les 2 % du PIB. La Suisse reconstruit ses capacités propres. Et la France ? Elle oscille encore entre ambition affichée et arbitrages budgétaires douloureux.

Si l’Amérique elle-même peut se retrouver à court d’intercepteurs face à l’Iran, que se passerait-il si la France devait, demain, assumer seule la défense de ses intérêts dans une crise en Méditerranée ou en Afrique ? La réponse à cette question doit guider chaque ligne budgétaire, chaque contrat industriel, chaque décision d’investissement. L’Histoire ne laisse pas de deuxième chance à ceux qui improvise leur défense.

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