Le détroit d’Ormuz s’embrase, le prix du gaz européen s’envole et la France découvre un nouveau déficit dans ses comptes cet été. Trois signaux distincts, une seule leçon : quand on sous-investit dans sa défense et dans son autonomie stratégique pendant des décennies, la note finit toujours par arriver. Et elle est salée.
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Prix du mégawattheure de gaz européen ce mercredi 9 septembre 2026, au plus haut depuis janvier 2023, sous l’effet des tensions militaires autour du détroit d’Ormuz.
Ormuz : quand la géopolitique vous rattrape à la pompe
Les frappes américaines contre des pétroliers iraniens, les représailles de Téhéran, une nouvelle « zone interdite » instaurée près du détroit d’Ormuz — et voilà que le gaz européen bondit de plus de 4 % en une seule séance. Ce n’est pas une surprise pour quiconque suit les dossiers stratégiques. C’est une confirmation.
Force est de constater que l’Europe, et la France en particulier, n’a toujours pas tiré les leçons de sa dépendance énergétique. Depuis le choc de 2022 avec la guerre en Ukraine, on a beaucoup parlé de souveraineté, de diversification, d’autonomie. On a surtout beaucoup dépensé en subventions pour protéger les consommateurs des hausses de prix — sans jamais s’attaquer aux causes structurelles du problème. Résultat : au moindre incident militaire à 5 000 kilomètres de nos frontières, toute l’économie européenne tousse.
La sécurisation des routes maritimes stratégiques n’est pas qu’une affaire américaine. La Marine nationale, nos alliés européens, la capacité de projection de l’OTAN dans le Golfe persique — tout cela a un coût. Un coût que la France a longtemps refusé d’assumer pleinement, préférant laisser Washington jouer le gendarme du monde pendant qu’on taillait dans les budgets de défense.
Le déficit caché : quand l’État emprunte pour payer ses intérêts
Mais ce qui m’inquiète autant que la crise au Moyen-Orient, c’est cette révélation du Figaro ce matin : un nouveau déficit est apparu dans les comptes de la France cet été. Sur fond de hausse des taux et d’une charge d’intérêts qui explose, un indicateur supplémentaire a basculé dans le rouge en juillet.
Je le dis clairement : un pays qui emprunte pour payer les intérêts de sa dette est un pays qui n’a plus les moyens de se défendre librement. La souveraineté nationale commence dans les comptes publics. Quand la charge de la dette dépasse les 60 milliards d’euros annuels — soit plus que le budget des armées — on ne parle plus de choix politiques, on parle de contraintes imposées par les marchés.
L’Allemagne, souvent citée comme modèle de rigueur budgétaire, a certes tardé à réarmer. Mais elle l’a fait depuis une position de comptes publics assainis. Les Pays-Bas maintiennent leur effort de défense à plus de 2 % du PIB tout en préservant des marges de manœuvre budgétaires. La France, elle, veut être grande puissance militaire avec des finances de pays en difficulté. L’équation ne tient pas.
Investir dans la défense, oui — mais intelligemment
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il suffit d’ouvrir le robinet des crédits militaires pour résoudre les problèmes de défense. L’argent public mal dépensé en matière de défense, c’est aussi grave qu’ailleurs. Les surcoûts des grands programmes d’armement, les doublons capacitaires entre armées européennes, les structures administratives pléthoriques au sein du ministère des Armées — tout cela mérite un regard aussi sévère que n’importe quel autre poste budgétaire.
Mais entre gaspiller et sous-financer, il y a une voie : celle de l’efficacité stratégique. Prioriser. Choisir. Assumer que la défense nationale n’est pas une dépense comme les autres — c’est la condition de possibilité de toutes les autres.
Ce matin, à 79 euros le mégawattheure, l’Europe paie le prix de vingt ans d’illusions pacifistes et de laisser-faire géopolitique. La prochaine fois, ce sera peut-être plus cher encore.


