Les relations entre la France et le Royaume-Uni ont pris un tournant décisif avec le renforcement de leur coopération en matière de dissuasion nucléaire. Dans un paysage international marqué par des tensions géopolitiques croissantes, les deux puissances nucléaires d’Europe ont décidé de coordonner leurs forces face à des « menaces extrêmes ». Cette initiative s’inscrit dans une longue tradition de collaboration militaire, renforcée par plusieurs accords historiques, et doit notamment garantir la sécurité du continent européen tout en respectant le cadre de la non-prolifération nucléaire.
Des bases historiques pour la coopération
La coopération nucléaire entre la France et le Royaume-Uni s’ancre dans une histoire de collaboration militaire et politique. La Déclaration de Chequers de 1995 jetait déjà les bases d’une telle coopération. Les Accords de Lancaster House en novembre 2010 ont ensuite solidifié ce partenariat stratégique. Plus récemment, en juillet, un nouvel accord a été conclu pour coordonner les forces nucléaires des deux pays en cas de menaces imminentes concernant le continent européen, tout en maintenant l’indépendance de leurs arsenaux respectifs.
L’importance de cette coopération a été soulignée par Keir Starmer, Premier ministre britannique, qui a affirmé que « tout adversaire menaçant les intérêts vitaux du Royaume-Uni ou de la France pourrait être confronté à la puissance des forces nucléaires des deux nations », rapporte le média spécialisé Zone Militaire. Cet engagement comprend non seulement la coordination stratégique mais aussi un renforcement de la coopération nucléaire, pour garantir la sécurité européenne sans déclencher une nouvelle course aux armements.
Un groupe de pilotage pour coordonner
Pour orchestrer cette coopération renforcée, un groupe de pilotage nucléaire franco-britannique a été formé. Ce groupe, qui a tenu sa première réunion à Paris, est co-présidé par le Cabinet Office britannique et la Présidence de la République française. Sa mission principale est de donner une orientation politique claire et de coordonner les efforts bilatéraux concernant la politique, les capacités, et les opérations nucléaires.
Les discussions lors de cette réunion ont porté sur la sécurité de l’Europe, la volonté renforcée de coopération bilatérale en matière de dissuasion nucléaire et la recherche d’opportunités pour coordonner les dissuasions respectives. D’ailleurs, ce dialogue est soutenu par plusieurs acteurs, dont la Royal Air Force (RAF) et les Forces aériennes stratégiques (FAS), ainsi que des instituts comme la Fondation pour la recherche stratégique, représentée par Étienne Marcuz.
Capacités nucléaires et exercices
Du côté britannique, la stratégie de dissuasion repose sur quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) armés de missiles Trident, et l’acquisition prochaine de douze chasseurs-bombardiers F-35A renforce leur mission nucléaire aérienne, en collaboration avec les États-Unis pour les bombes B61.
La France mise sur ses propres quatre SNLE équipés de missiles M51. Sa composante aéroportée s’appuie sur les FAS et la Force aéronavale nucléaire (FANu), ainsi que le missile ASMPA-R, testés lors des simulations d’entraînement de l’exercice Poker, organisé quatre fois par an. La dernière occurrence de Poker a vu l’utilisation inhabituelle de la base aérienne d’Évreux et la présence exceptionnelle de responsables britanniques, soulignée par Étienne Marcuz qui a évoqué les enjeux de divulgation de tactiques à des alliés non continentaux.








