La France continue son offensive pour devenir plus indépendante en matière de nucléaire. Deux entités de l’État viennent d’assurer le contrôle du pays sur l’entreprise Segault, un fabricant de robinetterie spécifique qui équipe notamment le Charles-de-Gaulle.
La filière nucléaire française se consolide
Dans un communiqué conjoint, Framatome et Technicatome, piliers du secteur nucléaire français, annoncent l’acquisition de Segault. Il s’agit d’une opération industrielle d’apparence technique, mais à haute teneur géopolitique. En effet, Segault est un fabricant discret mais crucial de robinetterie de haute performance, jusque-là propriété du groupe canadien Velan. Une manœuvre à première vue anodine, mais dont l’enjeu touche à l’indépendance nationale en matière de nucléaire.
Derrière ses murs de Mennecy (Essonne), Segault ne fabrique ni têtes nucléaires ni réacteurs. Elle produit des composants d’apparence banale : vannes, soupapes et autres robinetteries industrielles. Sauf que ces composants-là se retrouvent dans les chaufferies nucléaires des SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), des SNA (sous-marins nucléaires d’attaque), mais aussi sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. En clair : au cœur de l’outil militaire de dissuasion français. Créée en 1921, Segault équipe également la majorité des bâtiments de réacteurs nucléaires dans le monde.
L’indépendance nucléaire en jeu : pourquoi l’État a dit non à l’Amérique
Avant cette acquisition par des groupes français, Segault devait être vendue à l’américain Flowserve. Une opération prévue en 2023, et stoppée net par un veto du ministère des Armées, soucieux de préserver des savoir-faire sensibles. Le ministre Sébastien Lecornu avait tranché : pas de composant critique sous pavillon étranger pour l’arsenal français. Ce refus a ouvert la voie à une alternative franco-française.
D’après plusieurs médias, l’opération s’élève à environ 170 millions d’euros, montant versé au groupe Velan Inc., maison-mère canadienne de Segault. Ce n’est pas un hasard si deux des plus grandes figures du nucléaire français ont salué publiquement cette reprise. Le message est clair : conserver les technologies critiques à l’intérieur de l’écosystème français, sans dépendre de puissances extérieures, surtout lorsque ces technologies touchent à la sécurité nationale et au nucléaire.








