Des bombardements russes ont touché, samedi 3 octobre 2026, le pont Pivnitchny, au nord de Kiev, deux jours après l’attaque du pont Pivdenny, au sud de la capitale, a annoncé le maire Vitali Klitschko. Deux personnes ont été blessées : l’une a été soignée sur place par les secouristes, l’autre a été hospitalisée et reçoit des soins ambulatoires, a précisé l’édile sur Telegram.
La surface de la route et les câbles de la ligne de trolleybus ont été endommagés. Le pont a été coupé à la circulation dans le sens rive gauche vers rive droite du Dniepr. Un trolleybus a dû être évacué après l’endommagement de la ligne électrique, pendant que des techniciens s’affairaient à réparer l’alimentation. Des traces d’explosions ont aussi été constatées sur la voie piétonne de l’ouvrage.
Le pont Pivdenny avait déjà été frappé par des drones russes jeudi 1er et vendredi 2 octobre, entraînant sa fermeture et de gigantesques embouteillages dans une ville coupée en deux par le fleuve. Il s’agit des premières attaques importantes contre des ponts majeurs de Kiev depuis le début de l’invasion en 2022, une menace que l’Ukraine redoutait depuis longtemps.
Sur place, Olga, 36 ans, réfugiée de Crimée installée sur la rive droite, raconte s’être habituée aux explosions. « Quand il a été touché par un drone russe, c’était bruyant, mais nous sommes maintenant habitués », confie-t-elle. Non loin du pont Pivdenny, Maksym, 54 ans, scientifique dans une entreprise d’énergies renouvelables, se trouvait dans la cour de son immeuble avec ses filles jumelles de 13 ans, Marta et Vika, lors de l’attaque.
Il assure que c’était effrayant, qu’ils ont même ressenti le souffle de l’explosion, et qu’à partir de maintenant il n’empruntera plus ce pont.
Une nouvelle doctrine russe, selon Kiev
Dans un entretien au Financial Times vendredi 2 octobre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky affirme que Vladimir Poutine a décidé d’agir sans plus aucune règle contre des cibles civiles, visant ponts, centres de données, internet, téléphonie mobile, hôpitaux, jardins d’enfants, écoles et universités pour pousser la population à fuir les villes.
Samedi, il est allé plus loin : les services de renseignement ukrainiens auraient obtenu des documents montrant que Poutine a défini une nouvelle doctrine prévoyant des attaques contre un éventail bien plus large de cibles civiles à l’approche de l’hiver.
En réponse, l’Ukraine prévoit d’intensifier ses frappes sur les raffineries russes. Selon Zelensky, ce virage s’expliquerait par la volonté de Poutine de faire une démonstration de force, alors que son armée perd du terrain et subit des pertes croissantes.
Le ministère russe des affaires étrangères a de son côté réitéré son avertissement appelant ressortissants étrangers et diplomates à quitter Kiev, promettant la poursuite de frappes de représailles massives contre la capitale.
L’opération Vivaldi gagne du terrain dans le Donbass
Zelensky a qualifié de « très réussie » l’opération Vivaldi, toujours en cours dans l’est du pays, affirmant qu’elle a permis de reprendre entre 125 et 140 km² dans la région du Donbass. Il assure aussi que les pertes russes ont grimpé à 42 000 morts et blessés par mois, contre 30 000 à 32 000 en début d’année, des chiffres non vérifiés de manière indépendante.
L’état-major général des forces armées ukrainiennes évoque de son côté 1 560 soldats russes tués ou blessés au cours des dernières 24 heures. Depuis le début de l’invasion à grande échelle le 24 février 2022, les pertes totales au combat de l’armée russe sont estimées à 1 538 950 personnes.
Frappes meurtrières à Odessa et dans le Kharkiv
Un navire civil battant pavillon libérien a été attaqué par les troupes russes dans un port de l’oblast d’Odessa, faisant un mort et trois blessés parmi l’équipage, selon l’administration des ports maritimes ukrainiens. La ville d’Izioum, dans l’oblast de Kharkiv, a elle aussi été visée par des drones samedi matin, blessant cinq personnes.
À Hostomel, quatre personnes ont été blessées, dont une fillette de 8 ans touchée à la jambe par des éclats d’obus, selon le gouverneur de l’oblast de Kiev Tymour Tkatchenko.
Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 octobre, l’armée russe a lancé 157 drones sur l’Ukraine, dont 131 ont été neutralisés par la défense aérienne. L’armée ukrainienne recense 194 affrontements au cours des dernières 24 heures.
En Moldavie voisine, cinq drones ont traversé l’espace aérien national entre 7h45 et 8h00 samedi, alors que la Russie menait des frappes massives contre l’Ukraine, selon le système national de surveillance de l’espace aérien. Des explosions ont été entendues dans plusieurs régions moldaves.
Pour l’ex-premier ministre russe Kassianov, Poutine a commis une erreur
Mikhaïl Kassianov, ancien premier ministre russe entre 2000 et 2004, s’est exprimé samedi dans un entretien à l’Agence France-Presse, en marge d’une conférence de l’association Russie-Libertés qui a réuni une salle comble. Pour cet homme de 68 ans devenu critique virulent du Kremlin après son limogeage, Poutine « a commis une erreur qu’il ne parvient pas à admettre » en envahissant l’Ukraine, et la guerre ne se terminera pas en 2027.
Il juge que le maître du Kremlin est conforté par la hausse du prix du pétrole liée à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que par les désaccords entre Washington et l’Europe sur la façon de traiter avec Moscou.
« La plus grande erreur des Occidentaux et des Européens, c’est d’avoir trop peur de Poutine. Il n’est pas aussi fort qu’il en a l’air », estime-t-il, ajoutant que le président russe « craint le bouton nucléaire, beaucoup plus que les Européens ».
Selon lui, Poutine ne cherche pas un conflit ouvert avec l’Europe mais veut obtenir du respect, et devrait multiplier les actes de guerre hybride.








