Un décret présidentiel annonce l’intention de l’Ukraine de se retirer d’un traité international sur l’interdiction des mines antipersonnel. Cette décision, motivée par le contexte militaire, soulève des réactions contrastées à l’étranger.
Le 29 juin 2025, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé un décret engageant le retrait de son pays de la Convention d’Ottawa, traité international qui prohibe l’usage des mines antipersonnel. Alors que la guerre avec la Russie entre dans sa quatrième année, cette initiative marque un changement notable dans la posture juridique de l’Ukraine en matière de droit humanitaire.
Un décret présidentiel qui amorce un virage stratégique
Le décret, rendu public par la présidence, entérine une décision du Conseil national de sécurité et de défense ukrainien. Il stipule : « Je décide de faire entrer en vigueur la décision du Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine du 29 juin 2025 sur le retrait de l’Ukraine de la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction du 18 septembre 1997. »
Pour être pleinement applicable, ce retrait nécessite encore une validation législative par la Rada, le parlement ukrainien, ainsi qu’une notification officielle auprès des Nations unies.
Une convention internationale contraignante
Adoptée en 1997 et entrée en vigueur en 1999, la Convention d’Ottawa engage ses États signataires à ne pas employer, produire ou transférer des mines antipersonnel, et à éliminer leurs stocks. L’Ukraine a ratifié cet accord en 2005. La Russie, pour sa part, ne l’a jamais signé.
Le conflit actuel a remis au centre des préoccupations l’usage asymétrique de ces armes. D’après plusieurs sources, les forces russes auraient recours à ces dispositifs de manière systématique, dans des zones tant militaires que civiles, compliquant considérablement la reprise des territoires occupés.
Argument sécuritaire : Kiev invoque un déséquilibre tactique
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a publié un communiqué précisant que cette décision vise à répondre « à la nécessité absolue de protéger notre population et notre territoire contre l’agression militaire persistante de la Fédération de Russie ». Pour les autorités ukrainiennes, le respect de la convention constitue désormais une contrainte opérationnelle dans un conflit où l’ennemi ne se soumet à aucune norme internationale.
Roman Kostenko, député et secrétaire de la commission parlementaire pour la sécurité nationale, a déclaré sur les réseaux sociaux : « La Russie utilise massivement des mines contre nos militaires et nos civils. Nous ne pouvons pas rester liés par des obligations que l’ennemi ignore complètement. »
Réactions critiques de la communauté internationale et des ONG
L’annonce ukrainienne a suscité de nombreuses réactions. L’International Campaign to Ban Landmines (ICBL), organisation coordonnant la mise en œuvre de la convention, a exprimé son inquiétude dans un communiqué publié le 29 juin : « Le retrait de l’Ukraine représente un dangereux précédent et affaiblit la lutte mondiale contre une arme indiscriminée. »
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), également cité dans les médias, a rappelé les risques pour les populations civiles, en soulignant qu’un tel retrait « compromettrait les protections garanties par le droit international humanitaire ».
Une dynamique régionale en mutation
Cette décision ukrainienne s’inscrit dans une tendance observée en Europe de l’Est.
Si l’Ukraine confirme ce retrait, elle rejoindrait donc une série d’États européens qui réévaluent leur engagement dans le traité à l’aune de la situation sécuritaire à leurs frontières.
Quelles implications concrètes ?
Sur le terrain, un retrait de la convention autoriserait juridiquement l’Ukraine à réintroduire des mines antipersonnel dans sa doctrine de défense. Cela pourrait notamment concerner la fortification des lignes de contact ou la sécurisation de zones de reconquête. Toutefois, ces dispositifs posent un problème majeur à long terme : leur persistance dans le sol constitue un risque pour les civils, longtemps après les combats.
Ce changement aurait aussi des implications diplomatiques. Certains partenaires internationaux, notamment dans l’Union européenne et auprès des agences humanitaires, pourraient revoir leurs conditions d’assistance si les normes humanitaires internationales sont remises en question.








