Bien informée des tentatives de déstabilisation orchestrées par Bakou dans ses territoires d’Outre-mer, Paris n’a pas réagi avec la sévérité attendue, condamnant ses citoyens ultramarins à subir les conséquences des émeutes de 2024. Sans réponse claire et ferme des diplomaties française et européenne, l’Azerbaïdjan n’a aucune raison de renoncer à sa stratégie du chaos.
Près de soixante-dix ans après sa vague de décolonisation, la France demeurerait-elle, envers et contre tout, une puissance coloniale ? Oui, si l’on en croit les membres fondateurs du Front international de décolonisation (FID), une organisation qui a vu le jour la semaine dernière en Nouvelle-Calédonie. Réunis à Nouméa dans le cadre d’un « Congrès des dernières colonies françaises », les représentants d’une douzaine de mouvements indépendantistes, originaires des territoires d’outre-mer français, ont adopté la charte constitutive du FID. Selon eux, l’heure serait ainsi venue « de faire front pour conduire nos nations à leur pleine souveraineté ».
Incongrue pour qui ne s’intéresse pas de près aux mouvances indépendantistes, cette initiative a reçu peu d’écho en métropole. Plus incongru encore, c’est loin, très loin de Paris – comme de ses territoires ultramarins – que le lancement du FID a été commenté : en Azerbaïdjan. Dans une vidéo publiée sur le réseau social X, un certain Abbas Abbasov, directeur du Baku Initiative Group (BIG), a abondamment relayé la création du FID. Posant devant une série de petits drapeaux aux couleurs des territoires « colonisés » par la France – Corse comprise –, l’homme s’y livre à une virulente charge contre Paris, accusé de « violation des droits de l’homme » et de « répression brutale » lors des émeutes de Nouvelle-Calédonie.
La Nouvelle-Calédonie, terre d’expérimentation de l’ingérence azerbaïdjanaise
Créé, comme son nom l’indique, dans la capitale azerbaïdjanaise en juillet 2023, le BIG n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Et si, non contente de relayer les épisodes de crises dans les Outre-mer français, l’organisation de soutien aux mouvements indépendantistes les alimentait, soufflant sur des braises ne demandant qu’à être rallumées ? C’est ce que suggèrent plusieurs faisceaux d’indices qui, à l’image des drapeaux et t-shirts azerbaïdjanais arborés par certains manifestants calédoniens, tendent à démontrer l’implication de Bakou dans les évènements qui ont meurtri l’archipel en 2024. C’est aussi la conclusion à laquelle parvient Viginum, le service de Matignon chargé de la lutte contre les ingérences étrangères, qui a publié en décembre dernier un rapport consacré aux opérations de déstabilisation menées par l’Azerbaïdjan.
Constatant, dès le mois de mai 2024 – donc avant le début des émeutes en Nouvelle-Calédonie –, la prolifération sur les réseaux sociaux de contenus trompeurs ou inexacts visant la France, le rapport de Viginum met en lumière un mode opératoire bien rodé. Il s’agit tout d’abord, d’après les services du Premier ministre, d’exploiter « la situation politique et économique » dans les Drom-Com, puis d’« instrumentaliser l’histoire de la présence française (…) pour des finalités malveillantes », en diffusant notamment des « contenus à la ligne éditoriale résolument hostile » aux intérêts français. « En mesure de remonter jusqu’à des individus proches du pouvoir politique azerbaïdjanais », Viginum relève une « volonté manifeste et persistante de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Un avertissement resté lettre morte ?
En Martinique, l’entrisme débridé de Bakou
Car la Martinique, elle aussi en proie à de violentes émeutes entre septembre et novembre 2024, semble avoir été victime du même mode opératoire – sans que l’État ne s’interpose davantage qu’en Nouvelle-Calédonie. En octobre 2023, soit près d’un an avant le début du mouvement contre la vie chère, la chaîne de télévision azerbaïdjanaise CBC TV diffuse ainsi un reportage sobrement intitulé La Martinique : une île aux fleurs dans l’esclavage français. Le programme donne notamment la parole à Rodrigue Petitot et Aude Goussard, respectivement président et secrétaire du RPPRAC, le Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens, qui sera douze mois plus tard à l’initiative des protestations. Petitot a été, le 24 janvier 2025, condamné à un an de prison avec sursis pour son rôle dans certaines actions violentes.
Le leader du RPPRAC n’est, cependant, pas la seule personnalité sulfureuse poussée par Bakou dans les territoires ultramarins. Figure influente et controversée du panafricanisme, Kémi Séba diffuse depuis plusieurs années son idéologie dans les milieux indépendantistes martiniquais ; il s’est rendu, au moins une fois, en Azerbaïdjan pour participer à une conférence intitulée « La politique française du néocolonialisme » ; et sa défense est assurée par le même avocat que Rodrigue Petitot. Enfin, l’influence de Bakou semble s’étendre jusqu’aux bancs de l’Assemblée nationale, le député martiniquais Marcellin Nadeau s’étant déplacé à au moins trois reprises en Azerbaïdjan en dix-huit mois, pour y assister notamment à une précédente édition du « Congrès des colonies françaises ».
La propagande azerbaïdjanaise surfe sur les ambiguïtés des autorités françaises
Bien au fait, comme le prouvent les travaux de Viginum, des ingérences de Bakou dans les Drom-Com, les autorités françaises et européennes se sont pour l’heure contentées de molles condamnations verbales. Un immobilisme inacceptable pour le député calédonien Nicolas Metzdorf, auteur d’une récente proposition de résolution européenne appelant à des « mesures renforcées » contre les « actes de déstabilisation orchestrés par le régime azerbaïdjanais ». L’élu préconise notamment de muscler l’arsenal de représailles diplomatiques contre Bakou, allant jusqu’à envisager le rappel des diplomates français, la suspension des accords bilatéraux entre les deux pays ou encore le boycott de certains évènements internationaux.
Déterminé, le député loyaliste ne prêcherait-il pas dans un désert gouvernemental ? Fraîchement nommé à la tête du ministère des Outre-mer, Manuel Valls semble en effet ne pas savoir sur quel pied danser : d’un côté, le ministre d’État affirme « dénoncer fermement les opérations d’ingérence et de déstabilisation de l’Azerbaïdjan » ; de l’autre, le numéro trois du gouvernement Bayrou apporte, lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale, son soutien à Marcellin Nadeau dans son combat contre la vie chère en Martinique et le « système post-colonial » découlant, selon lui, des marges abusives qui seraient pratiquées par les groupes alimentaires et de distribution. Une ambiguïté entretenue au plus haut niveau de l’État français qui fait, à n’en pas douter, les affaires de Bakou.









C est desolant, mais ils profitent du vide politique en France car les partis restent dans leur sphere ideologique et sont incapables de construire une plateforme commune. Il faut ajouter a cet etat calamiteux que les pseudo leaders veulent tous etre chef a la place du chef.