Le 8 octobre 2026, le général Fabien Mandon a annoncé devant l’Assemblée nationale une rupture significative : l’Allemagne se retire du programme MGCS (Main Ground Combat System). Ce projet, lancé en 2017, visait à développer un char franco-allemand pour remplacer le Leclerc français et le Leopard 2 allemand. Le général Mandon, loin de considérer cela comme un échec total, a décrit les étapes cruciales à venir pour l’armée française : redémarrer les études en 2027, valider les acquis technologiques et garantir la continuité des capacités de combat lourd face à un calendrier serré.
L’annonce du général Mandon : fin du rêve franco-allemand
Lors de son audition parlementaire, Fabien Mandon a déclaré sans ambiguïté : « Les Allemands ont décidé de quitter le projet ». D’après BFMTV, ce retrait survient quatre mois après l’échec du programme Scaf, un autre projet franco-allemand. Le général a néanmoins souligné les années de coopération fructueuse entre les armées, qui ont permis de valider des principes fondamentaux malgré la décision de Berlin de suivre une autre voie.
Les négociations en coulisses
Depuis 2019, avec l’entrée de Rheinmetall dans le consortium, le MGCS a accumulé les tensions, perturbant l’équilibre entre industriels français et allemands. Les désaccords concernaient la répartition des tâches, les choix technologiques et le financement. Armin Papperger, dirigeant de Rheinmetall, avait confié au Welt am Sonntag que Paris envisageait de réduire sa contribution budgétaire à moins de la moitié du montant initialement prévu. Le calendrier du programme s’est étendu : alors qu’il était prévu pour 2035, le char ne devait plus être opérationnel qu’entre 2040 et 2045. Ces divergences ont rendu le projet ingérable.
Choix stratégique de l’Allemagne
Berlin préfère désormais moderniser ses Leopard 2 actuels plutôt que de s’engager dans un développement conjoint. Boursorama indique que les priorités budgétaires allemandes se sont recentrées sur d’autres capacités militaires, notamment dans les domaines aérien et cyber. La France, quant à elle, maintient sa doctrine d’engagement terrestre lourd, nécessitant un char de pointe. Ce divorce reflète deux visions stratégiques distinctes : la France mise sur la projection de forces blindées, tandis que l’Allemagne se concentre sur la défense territoriale européenne.
Le calendrier critique : Leclerc à la retraite en 2038
Fabien Mandon a souligné une échéance cruciale : le retrait progressif du char Leclerc débutera en 2038. En service depuis les années 1990, ce blindé français arrive en fin de cycle. Pour éviter une rupture capacitaire, l’armée doit lancer les études du successeur dès 2027. « Les grands principes du char sont validés, ça n’a pas été un travail vain », a-t-il affirmé, indiquant que les réflexions menées avec l’Allemagne fourniront une base solide pour le programme français.
Délais pour le nouveau char français
La conception, les tests et l’industrialisation d’un blindé moderne nécessitent entre dix et quinze ans. Si les études débutent en 2027, un prototype pourrait être prêt vers 2032, pour une mise en service opérationnelle entre 2037 et 2040. Le calendrier est serré : tout retard pourrait créer un vide capacitaire au moment du retrait progressif du Leclerc. Paris devra mobiliser rapidement les bureaux d’études de Nexter, principal industriel français du secteur, et établir des partenariats technologiques ciblés, notamment pour l’électronique embarquée et l’intelligence artificielle.
Risque de vide capacitaire temporaire
Entre 2038 et 2040, l’armée française pourrait se retrouver avec des Leclerc vieillissants face à des blindés de dernière génération. Mandon a évoqué des solutions temporaires : modernisation ultime du Leclerc, prolongation de vie de certains exemplaires, ou acquisition de matériels alliés en attendant le nouveau char national. Aucune de ces options n’est idéale, mais le chef d’état-major souhaite éviter une période de vulnérabilité opérationnelle. Le défi est aussi bien industriel que stratégique : maintenir une filière blindée française compétitive tout en intégrant des innovations technologiques.
Les principes du char de demain : IA, robots et résilience
Fabien Mandon a souligné que les travaux franco-allemands ont validé les grands principes du char futur. Parmi ceux-ci, l’intégration massive de l’intelligence artificielle pour la gestion du champ de bataille, la détection des menaces et l’aide à la décision. Le blindé de 2040 sera le centre d’un réseau incluant drones de reconnaissance, robots démineurs et plateformes autonomes d’appui-feu. L’objectif est de multiplier la puissance de combat d’un équipage réduit tout en améliorant sa survie face aux missiles antichars modernes.
L’évolution technologique envisagée par Mandon
Le général a identifié plusieurs axes d’innovation. D’abord, la furtivité active : capteurs capables de brouiller les systèmes de guidage adverses, matériaux absorbant les ondes radar. Ensuite, la mobilité hybride : motorisation électrique partielle pour réduire la signature thermique et améliorer l’autonomie. Puis, la résilience cyber : protection des systèmes électroniques contre les cyberattaques, un enjeu crucial dans les conflits modernes mêlant guerre conventionnelle et cyberguerre. Enfin, la modularité : capacité à adapter rapidement l’armement et les équipements selon les théâtres d’opération.
Intégration des systèmes autonomes et des plateformes complémentaires
Le char français de demain pourrait commander des robots terrestres autonomes pour des missions dangereuses : reconnaissance en zone contaminée, déminage, saturation des défenses adverses. Mandon a souligné l’importance d’une architecture ouverte permettant d’intégrer des systèmes de divers industriels, français ou européens. L’interopérabilité avec les drones aériens, les hélicoptères d’attaque et l’artillerie connectée sera cruciale. Le blindé deviendra ainsi un centre tactique, coordonnant divers moyens sur le champ de bataille numérisé.







