Il est des épisodes qui, sans être dramatiques, disent beaucoup de la mécanique d’un État. L’affaire du séjour à Dubaï du ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, au moment où les tensions entre les États-Unis et l’Iran atteignaient un pic, appartient à cette catégorie : moins un scandale qu’un révélateur d’une absence d’anticipation.
Guido Crosetti par en vacances : un voyage privé dans un contexte explosif
Les faits, d’abord.
Le vendredi 27 février 2026 au soir, le ministre quitte Rome sur un vol civil pour rejoindre sa famille aux Émirats arabes unis. Le déplacement est présenté comme privé. Il évoquera par la suite des vacances “adossées” à des engagements institutionnels déjà prévus dans la région.
À ce moment-là, le climat stratégique est déjà tendu entre menaces de frappes et pourparlers entre l’Iran et les Etats-Unis sur la question du programme nucléaire. Les menaces publiques des Etats-Unis et de l’Iran ; et les repositionnements militaires ont créé un environnement volatil. Rien n’indique encore une flambée immédiate, mais tous les experts étaient quasiment unanimes : la guerre en Iran allait bien commencer sous peu, sauf surprise majeure sur le front diplomatique et sur le nucléaire iranien.
La frappe, l’escalade et le blocage à Dubaï
Le lendemain du départ, la situation régionale se dégrade brutalement. La première frappe israélienne sur Téhéran touche le coeur même de l’État iranien, tuant l’Ayatollah Ali Khaemenei (dont la mort sera confirmée quelques heures plus tard). L’espace aérien se contracte. Des vols sont suspendus. Les autorités européennes activent des cellules de crise. Le ministre italien de la Défense se retrouve alors bloqué à Dubaï.
L’image est saisissante : au moment où la coordination devient prioritaire, celui qui incarne la chaîne politico-militaire italienne dépend des annonces d’aéroport. Il annoncera ensuite son retour à Rome à bord d’un avion militaire, précisant qu’il voyagerait seul afin de ne pas exposer d’autres passagers à des risques. Il laisse donc sa femme et ses enfants sous les drones et les missiles iraniens à Dubaï, essentiellement pour éviter un deuxième scandale : celui d’un ministre qui utilise un vol militaire pour évacuer sa propre famille.
La déclaration officielle : entre mea culpa et justification
De retour en Italie, le ministre s’exprime publiquement. Il reconnaît avoir peut-être “commis une erreur d’appréciation en tant que ministre”, tout en assumant son choix de rejoindre ses enfants déjà présents sur place. Il insiste sur le caractère familial du déplacement, sur le fait qu’il n’y avait rien de secret, rien de dissimulé.
L’argument central est double :
- L’escalade rapide n’aurait pas été anticipée à ce niveau et personne n’avait prévenu l’Italie (comme d’ailleurs quasiment aucune autre pays de l’OTAN)
- Le voyage n’avait aucun caractère stratégique ou diplomatique dissimulé.
Il affirme également que peu d’acteurs internationaux auraient été informés en amont des développements ayant précipité la crise, suggérant que l’accélération des événements a surpris bien au-delà de l’Italie. Certes, mais les tensions étaient déjà au plus haut et il ne manquait qu’une étincelle pour tout faire flamber. Un ministre de la Défense aurait dû anticiper. Ses équipes aussi.
Quan Guido Crosetti part sans prévenir personne
Sauf que personne n’était au courant, ou presque. Plusieurs médias italiens ont rapporté que le déplacement n’aurait pas été formellement communiqué à l’ensemble des structures compétentes. Des interrogations ont porté sur l’information de Palazzo Chigi, siège de la présidence du Conseil dirigée par Giorgia Meloni, ainsi que sur celle de l’AISE, le service de renseignement extérieur.
Le ministre a réfuté toute idée de départ “en cachette”. Selon lui, il s’agissait d’un voyage privé, en vol commercial, sans escorte particulière. En d’autres termes : pas une mission officieuse, mais une parenthèse personnelle. Cependant, la question ne porte pas sur la clandestinité. Elle porte sur la traçabilité institutionnelle. Dans un contexte de tension internationale élevée, la localisation du ministre de la Défense devient un paramètre opérationnel.
Le manque d’anticipation du ministre de la Défense
Le ministre a soutenu que l’ampleur de l’escalade n’avait pas été anticipée et que les conséquences régionales immédiates n’étaient pas considérées comme probables. C’est ici que le débat se cristallise.
La fonction d’un ministre de la Défense n’est pas seulement de gérer les crises ouvertes ; elle consiste à évoluer en permanence dans l’hypothèse du pire plausible. Or, au moment du départ, le Golfe figurait déjà parmi les théâtres stratégiques les plus instables et sur le point de basculer. De quoi se demander comment il a pu penser s’y rendre, et surtout comment il a pu laisser sa famille faire le voyage malgré les informations classées secret-défense auxquelles il a accès. Certes, ni Israël ni les Etats-Unis n’ont pas annoncé les frappes, mais Donald Trump n’aurait pas déplacé une armada à proximité de l’Iran s’il n’y avait pas comme hypothèse le début de la guerre.








