Le futur des chars de combat : la guerre en Ukraine change la donne

Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Publié le 19 mars 2023 à 7h21

La guerre en Ukraine met en lumière l’urgence de doter les armées européennes d’un nouveau char de combat, adapté aux nouvelles conditions au combat, notamment, la vulnérabilité des chars aux attaques par drones. Deux chars en projet, le Panther KF51 de Rheinmetall et le char franco-allemand MGCS, s’affrontent sur le papier. Les délais de développement et les ambitions divergentes pourraient jouer un rôle crucial dans la course vers le char du futur.

Char Panther KF51, char MGCS, le choc des titans

Le Panther KF51 de Rheinmetall a été présenté pour la première fois au Bourget, près de Paris, lors du salon de l'armement Eurosatory en juin 2022. Ce prototype de char perturbe le projet de char franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System) développé par KNDS. KNDS, fruit du rapprochement entre le français Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegman (KMW). Le PDG de Rheinmetall estime que le MGCS est un projet pour les générations futures, avec une première version prévue pour 2045.Paris voudrait avancer à marche forcée sur ce dossier, et sortir les premiers chars en 2035. Soit, de toute manière, infiniment trop tard pour jouer un quelconque rôle dans le conflit ukrainien. Mais aussi dans les conflits qui pourraient en découler...
Il est difficile à concevoir que les projets de développement de nouveaux matériels militaires s’étirent aujourd’hui sur des dizaines d’années, alors que pendant la seconde guerre mondiale, les versions d’avions ou de chars et leurs évolutions se succédaient à un rythme effréné, plus en mois qu’en années.. 

Char d’assaut européen : un développement étiré sur des décennies

Et pourtant : alors même que cette annonce n’aura aucun effet ni sur le conflit ni même seulement un microscopique effet dissuasif, Rheinmetall propose de construire une usine en Ukraine pour produire... le Panther KF51. une décision qui devrait être prise avant l’été 2023, par Berlin et Kiev !
Il serait infiniment plus logique d’annoncer la construction d’une usine capable de produire à marche forcée des chars de combat actuellement en service en Occident. Comme, bien sûr, le Leopard 2 (Allemagne), le M1 Abrams (États-Unis), le Challenger 2 (Royaume-Uni) ou encore le Leclerc (France). Ces chars ont prouvé leur efficacité sur le champ de bataille.
Mais la course à l'innovation et aux nouvelles technologies pousse les nations à repartir d’une feuille blanche. C’est bien sûr la vulnérabilité de ces engins de combat, qui coûtent des dizaines de millions d’euros à l’unité, face à des drones qui n’en coûtent que quelques milliers d'euros, qui pose problème. Sans compter la valeur des équipages embarqués qu’il faut former, et que la doctrine militaire occidentale n’accepte plus de sacrifier sans avoir tout tenté pour le protéger !

Les défis du projet de char franco-allemand MGCS

Le MGCS est un projet ambitieux qui vise à développer un système de combat terrestre de nouvelle génération pour les forces françaises et allemandes. Cependant, les retards et les tergiversations des deux côtés de la frontière sur les délais de développement de ce char de combat du futur pourraient compromettre sa réussite. La France craint qu'un délai de livraison trop lointain ne fragilise le projet, (et au vu de l’état des tensions internationales, cette position paraît rationnelle) tandis que l'industrie allemande de l'armement estime avoir toutes les compétences nécessaires pour construire ce système en collaboration avec KMW et Rheinmetall... dans une vingtaine d’années.
En résumé, le futur des chars de combat est marqué par des innovations technologiques et des enjeux géopolitiques. La guerre en Ukraine met en évidence le besoin de solutions modernes et efficaces pour réinventer le combat d’infanterie. Qui du Panther KF51 de Rheinmetall ou du projet franco-allemand MGCS tirera son épingle du jeu ? On peut parier assez cher sur le fait que c’est surtout l’état du conflit en Ukraine qui forcera la France et l’Allemagne à se décider. Mais aussi, l’augmentation du risque de voir d’autres conflits se déclencher en Europe (Balkans) ou en Asie (Taiwan). Toutes les nations vont en fait devoir ... fabriquer des chars vite, très vite, et en quantité industrielle, et non pas homéopathique. Exactement ce que la Russie fait certainement en ce moment, avec les T-90 et les T-14, qui sortent de ses usines d’armement par dizaines tous les mois...

Jean Baptiste Giraud

Journaliste éco, écrivain, entrepreneur. Dir de la Rédac et fondateur d’EconomieMatin.fr. Fondateur de Cvox.fr. Officier (R) de gendarmerie.