Pendant que la France regarde brûler ses forêts faute de Canadair opérationnels, le Royaume-Uni commande pour 9,7 milliards d’euros de sous-marins nucléaires et les États-Unis frappent l’Iran. La défense nationale n’est pas un budget comme les autres. C’est une question de survie — et de choix politiques assumés.
8 sur 12
C’est le nombre maximum de Canadair opérationnels disponibles depuis le 21 juillet 2026, sur une flotte théorique de 12 appareils — faute d’une maintenance à la hauteur des enjeux.
Quand l’État sous-traite sa sécurité sans vraiment la financer
Force est de constater que l’affaire des Canadair résume, à elle seule, le mal français en matière de défense des populations. Depuis le 21 juillet, alors que le Var et la Gironde brûlent simultanément, pas plus de 8 des 12 Canadair de la sécurité civile étaient opérationnels. Sabena Technics, titulaire depuis 1998 d’un contrat exclusif de maintenance, affirme avoir « livré les objectifs figurant dans la feuille de route ». Dont acte. Mais si la feuille de route est mal écrite, le contrat mal calibré, et la flotte trop vieillissante pour absorber des pics de chaleur devenus structurels, qui est responsable ? L’État, évidemment. Celui qui signe les marchés publics, fixe les niveaux de service, et décide — ou non — de renouveler les flottes.
Ce n’est pas un problème de Sabena Technics. C’est un problème de pilotage stratégique. La maintenance aéronautique militaire et parapublique exige une rigueur contractuelle et une vision à dix ans que l’administration française peine chroniquement à incarner. On économise sur les révisions, on repousse les commandes, et quand le feu prend, on envoie l’armée en catastrophe. Le contribuable, lui, paie deux fois : d’abord la sous-maintenance, ensuite la réponse de crise.
Londres mise sur la dissuasion, Paris mise sur quoi exactement ?
Pendant ce temps, Andy Burnham, nouveau Premier ministre britannique, annonçait cette semaine un investissement de 9,7 milliards d’euros dans quatre sous-marins nucléaires, avec une première entrée en service annoncée au début des années 2030 et 47 000 emplois à la clé. Ni hésitation, ni débat parlementaire interminable : une décision souveraine, assumée, chiffrée, planifiée.
Je ne dis pas que la France ne fait rien. La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un effort réel, incontestable. Mais entre la trajectoire votée et les crédits effectivement consommés, l’histoire budgétaire française nous a appris à rester prudents. Les reports de charges, les gels de crédits en cours d’année, les arbitrages défavorables en période de tension budgétaire : la défense a beau être sanctuarisée sur le papier, elle reste vulnérable aux errements d’une gestion publique structurellement court-termiste.
L’Iran brûle, la Gironde brûle : même leçon stratégique
Les frappes américaines contre des cibles des Gardiens de la Révolution en Iran rappellent, si besoin était, que le monde n’attend pas que la France règle ses problèmes de maintenance. La géopolitique s’accélère. La Russie continue d’apprendre à frapper les raffineries ukrainiennes. L’Allemagne presse ses Mittelstand de se réformer face à la compétition chinoise. Partout, les nations sérieuses font des choix difficiles, rapides, documentés.
La France, elle, tient des réunions de crise en Conseil des ministres en juillet — parce qu’on n’a pas anticipé en janvier. Défendre le territoire, c’est aussi défendre les forêts, les populations, les infrastructures critiques. Cela commence par des contrats de maintenance honorables, des flottes renouvelées, et des budgets qui ne servent pas de variable d’ajustement.
Un État qui ne peut pas aligner 12 Canadair opérationnels en pleine crise estivale devrait, avant tout discours sur la puissance, commencer par remettre ses appareils en état de voler.


