Un mur avec la Biélorussie. Des barrières avec la Russie. Et désormais, des contrôles renforcés à la frontière allemande. La Pologne ne se contente plus de défendre ses frontières : elle affirme sa doctrine sécuritaire.
Varsovie reconduit ses contrôles : un dispositif d’exception prolongé
Le 4 août 2025, le ministre polonais de l’Intérieur Marcin Kierwiński a annoncé la prolongation jusqu’au 4 octobre 2025 des contrôles temporaires à la frontière avec l’Allemagne et la Lituanie. Ce dispositif avait été réintroduit le 7 juillet, en réponse à des mesures similaires prises par Berlin. Officiellement, il s’agit de freiner la migration irrégulière vers l’Union européenne, mais le contexte dépasse largement ce cadre administratif. « Le règlement approprié a été adopté et envoyé à la Commission européenne pour notification vendredi », a précisé Marcin Kierwiński.
Depuis 2021, la Biélorussie est accusée par Varsovie et Bruxelles d’avoir orchestré une instrumentalisation des migrants venus du Moyen-Orient. Le régime d’Alexandre Loukachenko les aurait délibérément dirigés vers la frontière polonaise afin de provoquer une crise humanitaire et politique au sein de l’Union européenne. En réponse, la Pologne a érigé en 2022 une barrière de 5,5 mètres de haut sur plus de 180 kilomètres le long de la frontière biélorusse.
« L’efficacité de notre barrière pousse les services biélorusses et russes à chercher de nouveaux passages », a déclaré Marcin Kierwiński. La route migratoire passe désormais par la Lettonie, la Lituanie, puis la Pologne, avant d’atteindre l’Allemagne.
Immigration : des chiffres qui contredisent le discours d’urgence
Entre le 7 juillet et le 2 août 2025, plus de 493 000 personnes ont été contrôlées à la frontière polono-allemande et polono-lituanienne. Pourtant, seules 185 d’entre elles étaient en situation irrégulière, soit moins de huit cas par jour. Un décalage qui interroge sur la finalité réelle de ces contrôles. Karolina Lukasiewicz, chercheuse au Centre d’études des migrations, observe : « Ces contrôles reposent plus sur une logique politique que sur une réalité migratoire ».
Au-delà de la gestion des flux migratoires, le prolongement de ces contrôles s’inscrit dans une dynamique de sécurisation régionale face à la Russie. La frontière orientale de la Pologne est perçue comme une ligne de défense stratégique, renforcée à mesure que les tensions géopolitiques se cristallisent depuis l’invasion de l’Ukraine.








