Corée : guerre ballons poubelle contre K-Pop par hauts parleurs

Jean Baptiste Le Roux
Par Jean-Baptiste Leroux Publié le 10 juin 2024 à 14h51
Les deux Corée s'affrontent à coup de propagandes plutôt insolites. Wikipedia

La guerre de propagande entre la Corée du Nord et la Corée du Sud atteint un nouveau paroxysme et prend un tournant pour le moins inattendu. Avec la reprise des diffusions de propagande par haut-parleurs et l'envoi de ballons chargés de détritus, les deux nations se dirigent vers une confrontation de plus en plus dangereuse.

En Corée, la K-Pop par hauts parleurs est un outil de propagande

La Corée du Sud a récemment relancé ses campagnes de propagande par haut-parleurs en direction du Nord. Ces diffusions incluent de la musique pop sud-coréenne, la fameuse K-pop, et des messages anti-régime. Une initiative qui vise à affaiblir le moral des troupes nord-coréennes et à insuffler un esprit de révolte parmi les citoyens du Nord. D'après Séoul, ces messages sont des rayons de lumière et d'espoir pour ceux qui vivent sous le joug de Kim Jong-un. À condition bien sûr d'aimer la K-Pop.

Une initiative qui n'est évidemment pas du goût du régime nord-coréen. Aussi, la réponse de la Corée du Nord ne s'est pas fait attendre. Kim Yo Jong, la sœur du dirigeant nord-coréen, a qualifié ces actions de "très dangereuses" et a promis une "nouvelle réponse" en cas de poursuite de cette propagande. Pyongyang a d'ailleurs réagi en envoyant plus de 310 ballons remplis de détritus vers le Sud, une méthode qu'il avait cessée début juin mais qu'il a reprise en réaction aux provocations de Séoul. Une provocation mutuelle qui risque in fine d'intensifier les tensions. Ce qui augmente le risque d'un affrontement militaire.

La riposte nord-coréenne par ballons poubelles

En réponse aux initiatives sud-coréennes, la Corée du Nord a donc intensifié l'envoi de ballons poubelles. Ces ballons, remplis de déchets variés, y compris des mégots de cigarettes et des excréments d'animaux, visent à narguer et à provoquer Séoul. L'armée sud-coréenne a conseillé à la population de ne pas toucher ces ballons et de signaler leur présence aux autorités. Une guerre de propagande un peu insolite qui pourrait prêter à sourire, si le risque d'un affrontement n'était pas présent.

La reprise de ces pratiques intervient après que le président sud-coréen, Yoon Suk Yeol, a suspendu un accord militaire de détente de 2018 avec le Nord. Cette suspension permet à Séoul de reprendre les exercices de tirs réels et de relancer les campagnes de propagande. Cette décision a exacerbé les tensions déjà élevées et pourrait mener à des affrontements directs. Cheong Seong-chang, expert de la péninsule coréenne, avertit qu'un conflit armé pourrait éclater si les diffusions de messages par haut-parleurs persistent.

Vers un risque de conflit armé entre les deux Corée ?

Cet affrontement de ces deux propagandes rend le contexte pour le moins tendu. Les deux Corées restent officiellement en guerre, et chaque provocation accroît le risque d'escalade. La Corée du Nord a déjà menacé de viser les haut-parleurs sud-coréens avec son artillerie si les diffusions ne cessaient pas. Ces menaces sont prises au sérieux, étant donné le contexte historique et la nature imprévisible du régime nord-coréen.

Enfin, la Corée du Nord a tenté de brouiller les signaux GPS sud-coréens, bien que sans succès apparent. Cette tentative montre la volonté de Pyongyang d'interférer avec les opérations militaires du Sud. Les experts craignent que ces provocations puissent se manifester de manière encore plus agressive, notamment en mer Jaune, augmentant ainsi le risque de confrontations militaires.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.