Canadair, armée, industrie : la France rattrapée par ses impasses

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Canadair, armée, industrie : la France rattrapée par ses impasses
Canadair, armée, industrie : la France rattrapée par ses impasses | Armees.com

Les mégafeux de Gironde brûlent, et avec eux une vérité que l’État s’obstine à ignorer depuis des décennies : la France sous-investit chroniquement dans ses capacités de résilience nationale. Derrière l’urgence des flammes, c’est toute la question de notre modèle de défense civile et militaire qui ressurgit, brutalement.

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C’est le nombre de Canadair CL-415 opérationnels dans la flotte française de sécurité civile — un chiffre quasi inchangé depuis vingt ans, pour un territoire qui brûle davantage chaque été.

La sécurité civile, angle mort du budget national

Le patron de Sabena Technics, l’entreprise chargée de la maintenance des Canadair français, s’est défendu cette semaine d’avoir failli à sa mission. Il assure avoir respecté la feuille de route et investi 1,7 million d’euros dans ses installations. Soit. Mais la vraie question n’est pas là. Elle est dans le nombre d’appareils, leur ancienneté, et surtout dans la décision politique — ou plutôt l’absence de décision — de renouveler une flotte vieillissante.

Force est de constater que la France consacre des milliards à empiler des couches administratives dans ses ministères, à subventionner des filières entières sous perfusion publique, mais peine à financer une flotte aérienne capable de protéger son territoire quand il s’embrase. Ce n’est pas un problème de technicité industrielle — Sabena Technics fait ce qu’on lui demande avec les moyens qu’on lui donne. C’est un problème de priorités budgétaires, et de gouvernance publique défaillante.

Quand l’opposition parle d’«impréparation», pour une fois, le mot n’est pas excessif. Mais l’impréparation, elle ne date pas d’hier. Elle est le fruit de vingt ans de déni budgétaire, tous gouvernements confondus.

L’armée en renfort : une solution ou un aveu d’échec ?

L’exécutif a envoyé l’armée en renfort en Gironde. Bonne décision tactique, mauvais signal stratégique. Car mobiliser les armées pour pallier les insuffisances de la sécurité civile, c’est accepter deux problèmes à la place d’un. D’abord, on détourne des unités militaires de leurs missions premières — entraînement, préparation opérationnelle, disponibilité pour des engagements extérieurs. Ensuite, on entérine l’idée que l’armée est la variable d’ajustement de toutes les défaillances de l’État.

Je comprends la nécessité immédiate. Mais sur le fond, cette logique est dangereuse. La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans — un effort réel, que je ne minimise pas. Mais si ces crédits doivent simultanément reconstruire nos capacités conventionnelles face à la menace russe, moderniser notre dissuasion nucléaire, financer le spatial et le cyber, et en plus compenser les lacunes de la sécurité civile… le compte n’y sera pas.

La défense nationale ne peut pas tout faire. Elle ne doit pas tout faire. C’est à l’État d’assumer ses responsabilités civiles sans se défausser sur les armées à chaque crise.

Industrie de défense : la France a les atouts, pas toujours la volonté

Il y a pourtant une bonne nouvelle dans ce tableau sombre. L’industrie française — défense, aéronautique, énergie, chimie — est en première ligne face aux incendies, et elle prouve son utilité concrète. Dassault, Airbus, les industriels de la chimie : quand on leur donne des commandes claires et des contrats pluriannuels, ils livrent.

C’est précisément le modèle que la France devrait généraliser : des commandes publiques stables, des feuilles de route industrielles sur dix ans, et moins de comités Théodule qui ralentissent les décisions. L’Allemagne l’a compris depuis le «Zeitenwende» de 2022. Les Pays-Bas aussi restructurent leur effort de défense avec méthode.

La France a l’industrie. Elle a les ingénieurs. Elle a même les soldats. Ce qui lui manque, c’est une culture de la décision budgétaire courageuse. Tant qu’elle brûlera ses crédits en dépenses de fonctionnement plutôt qu’en capacités opérationnelles, elle continuera à regarder ses forêts brûler — et ses alliés la regarder avec inquiétude.

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