ASML, Ukraine, Taiwan : l’Europe doit enfin se réarmer sérieusement

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ASML, Ukraine, Taiwan : l'Europe doit enfin se réarmer sérieusement
ASML, Ukraine, Taiwan : l'Europe doit enfin se réarmer sérieusement | Armees.com

Friedrich Merz à Kiev, Taiwan sous surveillance, ASML sans clients européens : en ce début octobre 2026, trois signaux d’alarme clignotent simultanément. L’Europe parle de défense depuis des années, mais quand les chiffres tombent, la réalité est brutale. Il est temps de passer des discours aux actes — et aux budgets.

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Nombre de machines ASML — les plus sophistiquées au monde pour la fabrication de semi-conducteurs — vendues sur le sol européen. Zéro. Le symbole d’un continent qui sous-investit massivement dans sa propre souveraineté technologique et industrielle.

Merz à Kiev : un signal fort, une réalité industrielle encore fragile

Le déplacement de Friedrich Merz à Kiev ce dimanche n’est pas anodin. Le chancelier allemand, sous les missiles russes qui frappent la capitale ukrainienne, confirme l’engagement de Berlin aux côtés de Zelensky. Les deux dirigeants annoncent la création d’unités de drones en Allemagne, avec une coopération en matière de formation et d’expertise. C’est bien. C’est même encourageant.

Mais force est de constater que l’Europe — Allemagne en tête — a mis bien trop longtemps à comprendre que la guerre en Ukraine n’était pas un accident géopolitique localisé, mais le signal d’une recomposition stratégique mondiale durable. Depuis février 2022, les discours sur le réarmement se sont multipliés. Les budgets ont progressé, certes. L’Allemagne a lancé son fameux Sondervermögen de 100 milliards d’euros. Mais les délais de livraison industriels, les goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, et surtout les lacunes criantes dans les technologies critiques révèlent une Europe encore mal préparée à une guerre longue.

La production de drones en Allemagne avec l’expertise ukrainienne, c’est précisément ce que j’appelle apprendre sous les bombes. Utile, nécessaire — mais tardif.

Le scandale ASML : l’Europe absente de sa propre révolution industrielle de défense

L’affaire ASML illustre avec une clarté glaçante l’inconséquence européenne en matière d’investissement stratégique. Ce fabricant néerlandais produit les machines à lithographie les plus avancées de la planète — celles sans lesquelles il n’existe pas de semi-conducteurs de pointe, et donc pas d’électronique militaire moderne, pas de systèmes d’armes intelligents, pas de cyberdéfense crédible.

Résultat du premier Chips Act européen ? Zéro machine ASML vendue en Europe. Les clients sont américains, taïwanais, coréens. L’Europe finance avec l’argent du contribuable un plan censé rapatrier la production de puces sur son sol, et l’entreprise la plus stratégique du continent n’a aucun client européen pour ses machines les plus critiques.

Je pose la question frontalement : à quoi servent des milliards de subventions publiques si les décideurs industriels et politiques européens ne créent pas les conditions pour que ces technologies s’ancrent sur notre territoire ? La défense du XXIe siècle se gagne d’abord dans les usines de semi-conducteurs, les laboratoires d’intelligence artificielle et les centres de cybersécurité. Pas uniquement dans les tranchées.

Taiwan, le test final de la crédibilité occidentale

Pendant ce temps, Taiwan surveille chaque mot de Washington. Le représentant taïwanais aux États-Unis cherche des garanties après la rencontre Trump-Pékin. La politique américaine « reste inchangée », dit-on. Pour combien de temps ?

Le vrai sujet, pour l’Europe, c’est celui-ci : si Taiwan venait à basculer sous contrôle chinois, 90 % des semi-conducteurs les plus avancés de la planète tomberaient dans le giron de Pékin. La défense européenne, nos systèmes d’armes, nos communications militaires — tout cela deviendrait brutalement dépendant d’un adversaire potentiel.

L’Europe ne peut plus se permettre de déléguer sa sécurité à Washington, sa technologie à Taïwan et sa production industrielle à la Chine. Le réarmement ne se limite pas aux chars et aux frégates. Il commence par l’investissement massif, cohérent et souverain dans les technologies critiques. Zéro machine ASML en Europe : voilà le vrai scandale stratégique de cette rentrée 2026.

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