La livraison du Rafale B374 à DGA Essais en vol le 2 novembre 2026 marque un tournant pour la France : pour la première fois, la Direction générale de l’armement dispose de son propre avion banc d’essais (ABE) affecté en propre, mettant fin à trois décennies de dépendance envers des appareils en prêt. Dernier exemplaire de la quatrième tranche de production notifiée en 2021, cet appareil bipace deviendra le laboratoire volant du futur Rafale F5, dont la certification interviendra en 2033.
Un tournant stratégique pour l’aéronautique de combat française
L’arrivée du B374 au centre de Cazaux répond à un enjeu de souveraineté technologique majeur. Jusqu’alors, la DGA utilisait le Rafale B348, prêté par l’Armée de l’Air et de l’Espace. Un arrangement qui limitait l’autonomie opérationnelle du centre d’essais dans la planification de ses campagnes de qualification. Désormais, la France maîtrise intégralement son calendrier de développement aéronautique.
Comme le souligne la DGA dans son communiqué officiel, « le Rafale B374 est le premier Rafale ABE affecté à DGA Essais en vol. Il remplacera à terme le Rafale B348 en prêt longue durée par l’armée de l’Air et de l’Espace ». Un avion banc d’essais constitue en réalité un laboratoire ailé, profondément modifié pour embarquer des instruments de mesure et des enregistreurs qui collectent les données pendant le vol.
La DGA dispose enfin de son propre banc d’essais permanent
Le B374 représente le 73e et dernier appareil de la quatrième tranche de production du Rafale, commandée aux industriels Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA. Livré initialement au standard F4.1, il va subir une transformation progressive jusqu’en 2028 pour devenir un véritable laboratoire volant. Une première phase d’équipement avec une Installation d’essais et de mesures (IEM) réversible permettra au B374 de participer immédiatement au développement du standard F4 actuel, assurant ainsi une continuité opérationnelle sans rupture.
L’affectation d’un appareil dédié change radicalement la donne pour DGA Essais en vol. Auparavant tributaire des disponibilités de l’Armée de l’Air, le centre peut désormais planifier ses campagnes de qualification sur le long terme.
De la quatrième tranche au laboratoire volant : la transformation du B374 jusqu’en 2028
Le calendrier de transformation du B374 s’étale sur deux ans. Au deuxième trimestre 2027, l’appareil rejoindra les ateliers de Dassault Aviation pour une modification majeure. Les ingénieurs intégreront une instrumentation de vol complète et permanente, accompagnée d’un Ensemble modulaire de traitement de l’information (EMTI) version logicielle « orange », spécifiquement développée pour les essais. Selon Defence Industry, cette configuration avancée permettra à l’appareil d’accueillir les futurs capteurs du standard F5.
Le retour dans la flotte opérationnelle de DGA Essais en vol interviendra en 2028, avec une capacité d’analyse sans précédent. Les quatre grands industriels du programme Rafale collaborent étroitement à cette transformation, capitalisant sur plus de quarante ans d’expérience dans le développement de l’appareil. La France investit ainsi dans un outil stratégique qui servira pendant au moins quinze ans, couvrant les évolutions du F5 et probablement au-delà.
Tester le Rafale F5 : le radar RBE2 XG au cœur du projet
Le B374 jouera un rôle central dans la qualification du radar RBE2 XG de nouvelle génération, actuellement en développement chez Thales. Comme l’explique Theatrum Belli, « cette configuration avancée permettra à l’appareil d’accueillir les futurs capteurs du standard F5, notamment le radar nouvelle génération RBE2 XG, en cours de développement ». Ce système à antenne active électroniquement orientée (AESA) de dernière génération intégrera des capacités d’intelligence artificielle pour améliorer considérablement la détection, l’identification et le traitement des menaces.
La France prévoit d’acquérir 47 Rafale F5 d’ici 2035, selon les informations révélées par les médias grecs spécialisés en défense. Les premiers contrats amont pour le développement du standard F5 ont été notifiés à l’été 2026, lançant officiellement le programme. Le B374 permettra de valider en vol les innovations technologiques majeures : combat collaboratif, fusion de données multi-capteurs, capacités de calcul embarqué décuplées.
Fin de la dépendance envers le B348 : vers une autonomie d’essais
Le remplacement progressif du B348 par le B374 illustre la volonté de la France de sécuriser ses capacités d’essais en vol. Pendant près de trois décennies, la DGA a fonctionné avec des appareils prêtés par l’Armée de l’Air, une situation qui générait des contraintes de disponibilité et de planification. Avec un appareil affecté en propre, le centre de Cazaux gagne en réactivité et en flexibilité, deux atouts indispensables dans un contexte de développements technologiques accélérés.
Au-delà du Rafale F5, le B374 servira probablement à qualifier les armements de nouvelle génération développés par MBDA, les systèmes de guerre électronique de Thales et les évolutions des moteurs M88 de Safran. Comme le rapporte Actu Aéro, l’appareil constituera la pierre angulaire du maintien de la compétitivité du Rafale sur le marché international face aux F-35 américains, Eurofighter Typhoon et autres concurrents. La certification du F5 en 2033 positionnera la France parmi les rares nations capables de développer et qualifier en totale autonomie un chasseur multirôle de quatrième génération évoluée, un atout stratégique majeur pour la décennie à venir.








