Les ministres de la Défense de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ont approuvé, mercredi 28 octobre 2026 à Cebu, aux Philippines, cinq initiatives de coopération militaire. La vingtième réunion ministérielle de défense de l’organisation a également donné lieu à des déclarations communes, dans un contexte de tensions persistantes en mer de Chine méridionale.
Le secrétariat de l’ASEAN confirme l’adoption de nouvelles activités et la publication d’une déclaration liée au cinquantième anniversaire du Traité d’amitié et de coopération dans la région. Le quotidien philippin Daily Tribune détaille les cinq chantiers retenus.
Des programmes concrets pour la coopération entre armées
Les décisions portent sur un programme d’échanges entre jeunes responsables de défense, une meilleure coordination des différents forums militaires régionaux, le renforcement de la sécurité maritime face aux technologies émergentes, la préparation aux menaces chimiques, biologiques et radiologiques, ainsi que l’actualisation des règles de fonctionnement des activités ministérielles et de leurs partenaires.
Parmi les mesures annoncées figure une proposition de conférence en 2027 sur les risques chimiques, biologiques et radiologiques dans le cadre élargi de l’ADMM-Plus. Il s’agit à ce stade d’une initiative de coopération et de préparation, et non de la création annoncée d’une force militaire commune ou de nouveaux moyens opérationnels déjà déployés.
Le volet maritime mérite une attention particulière. Les pays de l’ASEAN disposent de capacités navales très différentes et entretiennent des relations contrastées avec Pékin et Washington. Une coopération sur les technologies, les échanges d’informations et les procédures peut améliorer la capacité à agir ensemble, mais sa portée dépendra des exercices et dispositifs effectivement organisés.
Mer de Chine méridionale : la sécurité des infrastructures entre dans le débat
Dans son discours d’ouverture diffusé par les autorités philippines, le ministre de la Défense Gilberto Teodoro a cité les progrès de la coopération en sécurité maritime et en protection des infrastructures sous-marines critiques. Il a également appelé à renforcer la sécurité des approvisionnements alimentaires et énergétiques face aux conflits et aux risques climatiques.
Manille a insisté sur le règlement pacifique et juridique des différends en mer de Chine méridionale, où plusieurs États de la région contestent les revendications de Pékin. La réunion illustre la difficulté de l’ASEAN : renforcer les coopérations pratiques tout en préservant un cadre de dialogue entre des gouvernements qui ne partagent pas tous les mêmes priorités stratégiques.
Les discussions se poursuivent le 29 octobre dans le format ADMM-Plus, qui associe aux membres de l’ASEAN huit partenaires extérieurs, notamment les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde et l’Australie. En marge de la rencontre, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a proposé un nouveau cadre de coopération entre Washington et l’ASEAN, selon Reuters. Cette proposition américaine est distincte des cinq initiatives approuvées par les ministres de l’ASEAN.
Pourquoi ces décisions intéressent la défense française
La France possède des territoires et des forces dans l’océan Indien et le Pacifique. Sa stratégie indopacifique officielle fait de la sécurité maritime, des partenariats régionaux et du respect du droit international des priorités. Les voies maritimes d’Asie du Sud-Est comptent également pour les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Asie.
Pour les armées françaises, les travaux engagés à Cebu constituent surtout un indicateur de l’évolution des pratiques régionales : surveillance maritime, protection des infrastructures, préparation aux crises et coopération entre partenaires. Leur effet opérationnel dépendra des programmes réellement mis en œuvre, des participants et des moyens mobilisés.
Les prochaines précisions attendues concernent le contenu des activités de sécurité maritime, les modalités des échanges militaires et la préparation de la conférence envisagée pour 2027. Le passage des déclarations de Cebu à des exercices et procédures partagés sera déterminant pour apprécier la portée de cette coopération.







