Soudan : frappes de drones sur Abyei et le Kordofan, 300 morts

Entre le 19 et le 20 octobre 2026, l’armée soudanaise a mené une campagne coordonnée de frappes de drones sur Abyei et le Kordofan occidental, tuant plus de 300 personnes. Cette offensive aérienne massive illustre l’escalade tactique du conflit opposant les forces régulières aux paramilitaires de la RSF depuis avril 2023, dans une guerre qui a déjà déplacé 14 millions de personnes.

Publié le
Lecture : 3 min
Guerre au Soudan : N’Djamena verrouille la frontière orientale
Soudan : frappes de drones sur Abyei et le Kordofan, 300 morts © Armees.com

Les 19 et 20 octobre 2026, l’armée soudanaise a mené une série de frappes de drones coordonnées dans le Kordofan occidental et Abyei, causant la mort de plus de 300 personnes, d’après le Sudan War Observatory. Cette intensification du conflit entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (RSF) illustre l’évolution tactique du conflit déclenché en avril 2023. Khartoum démontre ainsi une montée en puissance de ses capacités aériennes dans un conflit ayant déjà déplacé 14 millions de personnes.

Capacités et déploiement de l’armée soudanaise

Le 19 octobre, un drone de l’armée a frappé le marché d’Amiet à Abyei, tuant au moins 153 personnes, selon le ministre de l’Information par intérim d’Abyei, Yohana Akol Ngor. En parallèle, l’aviation soudanaise a ciblé le Kordofan occidental, faisant environ 150 morts, dont 145 dans un convoi funéraire à Al-Dabab. Ces attaques, l’une des plus meurtrières depuis avril 2023, ont causé la mort de plus de 300 personnes en 48 heures.

Les drones armés de l’armée soudanaise, capables de frappes précises, ont provoqué des incendies à Abyei, compliquant l’évacuation des blessés. Médecins Sans Frontières a pris en charge plus de 20 blessés graves à l’hôpital Ameth Bek. Selon le Dr Christian Lindauer de MSF, des services chirurgicaux et des soins d’urgence ont été fournis. L’ampleur des destructions laisserait penser à l’utilisation de munitions puissantes, probablement issues de drones chinois ou iraniens malgré l’embargo sur les armes.

L’armée a reconnu l’attaque d’Abyei, affirmant que le marché servait de site d’approvisionnement en carburant pour la RSF. Des sources diplomatiques citées par CNN corroborent cette affirmation. Toutefois, les pertes civiles soulignent une stratégie de déni de ressources impactant indistinctement civils et combattants. Le commerçant Fadlallah Adam Hamouda témoigne de la destruction totale du marché et de la terreur parmi les habitants. L’attaque a déplacé 8 000 personnes, exacerbant la crise humanitaire.

Contexte stratégique du conflit Armée-RSF

Le conflit a débuté en avril 2023 suite à des tensions entre le général Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Hamdan Dagalo de la RSF. Cette guerre civile a causé des centaines de milliers de morts et déplacé plus de 14 millions de personnes. La RSF contrôle le Darfour et certaines zones du Kordofan, alors que l’armée tient Khartoum et le Kordofan du Sud. Les frappes aériennes sont massivement utilisées malgré l’embargo international.

Après avoir repris Khartoum, l’armée a intensifié ses opérations dans le Kordofan, une région stratégique riche en ressources. Les frappes des 19 et 20 octobre témoignent d’une escalade, visant à couper les lignes d’approvisionnement de la RSF. The Guardian indique que cette campagne vise à isoler les forces paramilitaires avant une attaque terrestre.

Conséquences des frappes et implications

Le bilan de 153 morts à Abyei, révisé à la hausse, et les 150 victimes du Kordofan occidental portent le total à plus de 300 morts. Yohana Akol Ngor a décrit la situation comme « horrible et choquante ». La destruction du marché d’Amiet perturbe les chaînes d’approvisionnement dans cette région clé, tandis que les 8 000 déplacés aggravent la crise humanitaire avec 20 millions de personnes en insécurité alimentaire selon les estimations internationales. Ces frappes affaiblissent temporairement la logistique de la RSF mais augmentent le ressentiment local envers Khartoum.

Abyei, région stratégique disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud depuis 2011, est sous administration conjointe et abrite 2 800 casques bleus de l’UNISFA. Riche en pétrole, elle est le théâtre de tensions entre les Ngok Dinka et les Misseriya. La frappe du 19 octobre a suscité une protestation du Soudan du Sud, augmentant les risques de régionalisation du conflit, selon NBC News. L’implication de Juba pourrait transformer Abyei en un nouveau front, compliquant la résolution du conflit soudanais.

Les frappes des 19 et 20 octobre montrent une armée soudanaise déterminée à exploiter sa supériorité aérienne pour compenser ses faiblesses terrestres face à la RSF. La question reste ouverte quant à l’efficacité de cette stratégie pour inverser le rapport de force dans un conflit qui perdure depuis trois ans sans perspective de résolution politique.

Laisser un commentaire

Share to...