Dix-huit mois après le cessez-le-feu négocié par l’administration Trump, Gaza est confrontée à un vide humanitaire croissant menaçant la stabilité post-conflit. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a réduit drastiquement son aide, alors qu’aucune reconstruction n’a débuté et que 80 % de la population est au chômage. L’organisation a annoncé qu’elle cesse d’assister 500 000 bénéficiaires, diminuant le nombre de Palestiniens aidés de 1,6 million à 1,1 million par mois. Cette décision a des conséquences lourdes pour une région où 1,4 million de personnes, soit deux tiers de la population, vivent déjà en insécurité alimentaire critique.
Un cessez-le-feu sans reconstruction
L’accord de cessation des hostilités conclu en 2025 devait initier une nouvelle ère pour Gaza, avec des promesses de reconstruction. Cependant, plus d’un an après, aucun projet majeur n’a vu le jour. L’économie de Gaza reste paralysée, les infrastructures détruites pendant le conflit demeurent en ruines, et les services essentiels fonctionnent au ralenti.
Avec un taux de chômage de 80 %, les Gazaouis survivent grâce à l’aide internationale, sans perspective de reprise économique. Les restrictions israéliennes aux points de passage frontaliers compliquent les opérations humanitaires et bloquent les envois commerciaux. En octobre 2026, la fermeture de ces points d’accès pendant six jours par les autorités israéliennes a provoqué une envolée des prix alimentaires. Le coût du pain a été multiplié par 2,4 en une semaine, soulignant la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Gaza est ainsi devenue une zone dépendante de l’aide extérieure.
L’effondrement humanitaire imminent
Le PAM justifie ses réductions par une chute brutale de son financement, les fonds ayant diminué de plus de 50 % par rapport à 2025. Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM, résume : « Un an après le cessez-le-feu, la vie reste brutale ici. Il n’y a pas d’abri convenable, ni de services de base, ni de sécurité. » L’agence réclame 450 millions de dollars pour maintenir ses opérations essentielles à Gaza et en Cisjordanie.
Selon la classification IPC, 1,4 million de Gazaouis se trouvent en insécurité alimentaire critique, et 200 000 sont en phase d’urgence. L’Unicef rapporte qu’un enfant sur huit souffre de malnutrition chronique. L’approche de l’hiver aggrave la situation, augmentant les besoins caloriques des populations sans chauffage ni abri adéquat.
Les risques de déstabilisation
Au-delà de l’urgence humanitaire, les coupes dans l’aide alimentaire posent des risques sécuritaires. Shaun Hughes, directeur régional du PAM pour la Palestine, avertit : « Ces gains sont fragiles et réversibles. Nous devons investir dans la reconstruction. » L’absence de perspectives économiques combinée à la faim alimente les tensions sociales et le recrutement par des groupes armés.
Les crises alimentaires aiguës ont déjà précipité des troubles politiques et sécuritaires, comme les printemps arabes de 2011. À Gaza, le chômage massif, une population jeune désœuvrée et l’insécurité alimentaire créent un cocktail explosif. Les autorités locales, confrontées à des institutions affaiblies et des forces de sécurité sous-équipées, peinent à maintenir l’ordre.
Enjeux de maintien de la paix et de l’ordre
Le cessez-le-feu de 2025 reposait sur l’idée que la fin des combats permettrait la reconstruction et un retour à la normale. Cette hypothèse s’effondre. Sans investissement massif dans la relance économique, la dépendance à l’aide humanitaire perdurera. Le coût de cette assistance dépasse ce qu’auraient représenté des programmes de reconstruction, mais la fatigue des donateurs et les priorités géopolitiques concurrentes ont réduit les financements, notamment de l’USAID.
Les acteurs de la sécurité régionale observent avec inquiétude cette spirale descendante. Un Gaza affamé et désespéré compromet les chances de stabilité durable. Les analystes militaires soulignent que les opérations de maintien de la paix échouent souvent lorsque les populations manquent du minimum vital. Avec l’hiver qui approche, une nouvelle crise humanitaire pourrait embraser une région déjà sous tension.








