Le 21 septembre 2026, l’US Navy et la Royal Navy ont envoyé par le fond l’ancienne frégate américaine USS Klakring (FFG-42), dans les Hébrides, à l’ouest de l’Écosse. Le naufrage s’est déroulé dans le cadre d’un exercice de tir réel baptisé SINKEX, intégré à l’exercice binational Atlantic Thunder 26, qui s’est tenu du 14 au 25 septembre 2026. C’était le premier exercice de ce type au large du Royaume-Uni depuis la précédente édition d’Atlantic Thunder, en 2022.
Le choix des Hébrides n’avait rien d’anodin. La zone permettait un engagement des armements à très longue distance, dans une mer formée plus proche des conditions réelles que redoutent les Britanniques face à la menace russe. Ce type d’exercice sert à aguerrir les équipages, à tester procédures et équipements, notamment les nouveaux armements, et à afficher la puissance militaire des deux marines face à leurs compétiteurs.
Plusieurs bâtiments ont participé à la manœuvre, placée sous la responsabilité de la 6e flotte américaine :
- le destroyer USS Paul Ignatius, de type Arleigh Burke Flight IIA,
- le sous-marin nucléaire d’attaque USS Massachusetts, de classe Virginia,
- et la frégate britannique HMS Portland, de Type 23.
Un hélicoptère Wildcat du 815 Naval Air Squadron de la Royal Navy, des chasseurs F-15E Strike Eagle américains et Typhoon de la RAF, ainsi qu’un avion de patrouille maritime P-8 Poseidon, complétaient le dispositif.
A decommissioned American frigate towed three thousand miles to die off the Hebrides. This is USS Klakring's last voyage, the weapons that broke her, and the damage left inside the hull.
📷 Imagery provided by the Royal Navy. pic.twitter.com/zdxxpAYtnf
— UK Defence Journal (@UKDefJournal) September 28, 2026
Du SM-6 à la torpille Mk 48
L’USS Paul Ignatius a ouvert le feu en premier, avec un missile SM-6 (RIM-174), conçu pour la défense antiaérienne à très longue portée mais doté d’une capacité antinavire secondaire grâce à un guidage GPS additionnel. Cette configuration, testée pour la première fois par l’US Navy en 2016, avait déjà servi en 2022 lors du précédent Atlantic Thunder, détruisant l’ex-USS Boone, une autre frégate de type Oliver Hazard Perry. Sa portée exacte lors d’ATH 26 n’a pas été communiquée, mais elle pourrait dépasser 200 km.
Le HMS Portland a ensuite tiré un missile antinavire NSM du norvégien Kongsberg, un premier pour un bâtiment britannique dans un SINKEX, puis déployé son hélicoptère Wildcat, qui a lancé un Sea Venom, missile léger développé conjointement par la France et le Royaume-Uni chez MBDA. Le coup de grâce est revenu à l’USS Massachusetts, qui a coulé définitivement l’épave avec une torpille Mk 48.
Kelechi Ndukwe, commandant de la Task Force 65 de la 6e flotte de l’US Navy, a détaillé la logique de l’engagement devant les journalistes de la BBC : « Nous avons commencé par les munitions à plus longue portée, c’est pourquoi nous avons d’abord utilisé le SM-6, puis nous sommes passés à des munitions à plus courte portée. »
Les capteurs embarqués sur la frégate devront encore analyser les données de tir, les zones d’impact et les aspects techniques dans les mois à venir, a-t-il précisé.
La coque de l’ex-USS Klakring avait été vidée de ses équipements d’origine, dépolluée et ne comptait aucun personnel à bord, ce qui a limité l’impact réel des missiles par rapport à une cible en état de fonctionnement. Entrée en service en 1983 chez Bath Iron Works, cette frégate de type Oliver Hazard Perry affichait 4 100 tonnes en charge et avait été retirée du service en 2013.
Elle pouvait filer à 29 nœuds avec 186 marins à bord, et embarquer deux hélicoptères Seahawk, notamment pour la lutte anti-sous-marine.
Aucun système autonome n’a été engagé lors de cette édition, les deux marines ayant privilégié des moyens et procédures déjà éprouvés plutôt que des capacités encore expérimentales. Le Royaume-Uni développe pourtant sa propre hybrid navy, avec des essais de torpilles inertes tirées depuis des drones sous-marins ou de missiles Sea Venom adaptés sur des drones de surface légers.
La prochaine édition d’Atlantic Thunder est prévue en 2028, et pourrait être l’occasion d’y voir apparaître des drones armés, une technologie sur laquelle les Britanniques misent fortement.








