Des drones russes pourraient-ils être lancés depuis des navires contre la France, l’Espagne ou l’Italie ? Ce scénario, rapporté par un quotidien espagnol, a suscité une inquiétude immédiate. Mais Paris nie avoir reçu l’alerte américaine décrite dans l’article. Rome affirme, elle aussi, que celle-ci n’est pas confirmée.
Attaque de drones : une hypothèse maritime démentie par Paris
Le 24 septembre, Emmanuel Macron a contesté un élément central de l’enquête publiée par El Mundo. Lors d’un entretien sur TF1 et France 2, le président a déclaré que la CIA n’avait pas informé les services français d’un projet de frappes de drones depuis la Méditerranée. Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a indiqué de son côté que l’alerte visant notamment l’Italie ne trouvait aucune confirmation. Ces prises de position ne suffisent pas à écarter tout risque futur. Elles empêchent toutefois de présenter une attaque contre l’Europe du Sud comme un projet établi.
L’article d’El Mundo s’appuie sur des sources anonymes qui disent avoir eu connaissance d’une analyse attribuée au renseignement américain. Selon ce récit, des drones Gerbera pourraient être transportés à bord de navires commerciaux, puis lancés vers les côtes espagnoles, françaises ou italiennes. Le document évoqué n’a pas été rendu public : il n’est donc pas possible d’en examiner les termes ou les conclusions. La visite du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou en août constitue un autre fait rapporté par la presse. D’après Reuters, la possibilité d’opérations russes contre des membres de l’Otan a été abordée pendant ce déplacement. Cela ne confirme pas le scénario précis d’une attaque maritime par drones Gerbera. À ce stade, aucune date, aucun navire et aucun nombre d’appareils destinés à une telle opération n’ont été établis publiquement.
Les drones Gerbera, défi réel pour la Défense
Le Gerbera est, lui, un appareil documenté. L’Open Source Munitions Portal, qui recense et analyse des munitions observées dans les conflits, décrit cette famille de drones russes comme légère et peu coûteuse. Leurs structures utilisent notamment de la mousse et du contreplaqué. Selon leur configuration, ces appareils servent de leurres, effectuent des missions de reconnaissance ou emportent une petite charge explosive. Leur portée maximale annoncée peut atteindre 600 kilomètres. Ce chiffre dépend toutefois de la version et de son équipement. Un lancement depuis la mer rapprocherait, en théorie, ces drones de zones éloignées du front ukrainien. La possibilité technique d’un trajet ne prouve cependant ni qu’un navire a été équipé à cette fin, ni qu’une frappe a été décidée.
La vigilance européenne repose sur des incidents plus concrets. Le 15 septembre, un drone Gerbera a été abattu en Lituanie par un avion italien engagé dans la surveillance aérienne de l’Otan. Le président lituanien a jugé probable que l’appareil se dirigeait initialement vers l’Ukraine et qu’il avait dévié de sa route. En France, l’Élysée a annoncé le 18 septembre un renforcement de la protection des infrastructures critiques et des sites sensibles face aux risques liés aux drones et aux cyberattaques. Emmanuel Macron a également évoqué la tentative d’attaque contre l’aéroport allemand de Leipzig, attribuée par les autorités allemandes aux services russes. Ces faits justifient des mesures de Défense adaptées. Ils ne démontrent pas qu’une offensive de drones se prépare contre les pays méditerranéens. La distinction est essentielle : les autorités doivent anticiper une menace possible, tandis que le public doit pouvoir savoir ce qui est confirmé et ce qui demeure une hypothèse.








