« Quand plus rien n’est sacré, la guerre devient raisonnable » : Omar Harfouch alerte sur la banalisation des conflits

Dans une tribune publiée par Entrevue à l’occasion de la Journée internationale de la paix, ce 21 septembre 2026, Omar Harfouch s’interroge sur la place croissante du vocabulaire guerrier dans le débat public. Sans nier les menaces qui pèsent sur l’Europe ni la nécessité de se défendre, il appelle à ne pas laisser la perspective d’une guerre devenir une évidence collective.

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La défense n’est pas la guerre, et le réarmement n’est pas automatiquement la guerre | Armees.com

À quel moment une société commence-t-elle à considérer la guerre comme normale ? C’est la question qui traverse la tribune d’Omar Harfouch, intitulée « Quand plus rien n’est sacré, la guerre devient raisonnable ». À l’occasion de la Journée internationale de la paix, l’auteur pointe un contraste : alors que cette date invite à promouvoir le dialogue et la non-violence, les discours sur le réarmement, la mobilisation et les confrontations futures occupent une place importante dans l’espace public. « Comment avons-nous pu en arriver à considérer le langage de la guerre comme presque normal ? », demande-t-il.

Son inquiétude porte moins sur un mot que sur une accoutumance. À force d’entendre évoquer la possibilité d’un affrontement, les citoyens pourraient, selon lui, finir par le percevoir comme une étape inévitable. La question ne serait alors plus de savoir comment l’empêcher, mais comment s’y préparer. Pour Omar Harfouch, ce déplacement mérite d’être discuté avant que l’idée même de rechercher la paix ne soit assimilée à une forme de faiblesse.

Distinguer la défense de l’acceptation de la guerre

L’auteur prend soin de préciser sa position. Il reconnaît les menaces réelles auxquelles l’Europe est confrontée et mentionne explicitement l’invasion de l’Ukraine par la Russie ainsi que les souffrances qu’elle a provoquées. Il ne conteste ni le droit des États à protéger leur population ni le principe de dissuasion. « La défense n’est pas la guerre, et le réarmement n’est pas automatiquement la guerre », écrit-il.

Cette distinction est au cœur de son raisonnement. Entretenir une armée ne signifie pas souhaiter un conflit. Mais préparer matériellement un pays à se défendre doit-il conduire à préparer psychologiquement sa population à accepter la guerre ? Omar Harfouch invite à maintenir cette interrogation dans le débat démocratique, plutôt qu’à présenter toute confrontation future comme une fatalité.

Ne pas laisser les morts devenir de simples chiffres

La tribune s’attarde également sur notre manière de regarder les conflits à distance. À propos de l’Ukraine, Omar Harfouch décrit la succession des dépêches, des photographies et des bilans humains, dont la répétition risque d’émousser l’attention. Derrière les chiffres se trouvent pourtant des familles séparées, des villes détruites et des enfants confrontés à l’absence. Ce n’est pas seulement la violence qui l’inquiète, mais la possibilité de s’y habituer.

Pour éclairer ce danger, il revient sur l’engrenage de 1914 : une crise, des ultimatums, des mobilisations et des décisions successives dont les conséquences dépassent les intentions initiales. Sans présenter l’histoire comme un scénario appelé à se reproduire à l’identique, il en tire une invitation à la prudence face aux mécanismes d’escalade.

Son avertissement tient finalement dans une inversion des valeurs qu’il refuse : « Lorsque la guerre devient raisonnable, la paix commence à passer pour de la naïveté. » En cette Journée internationale de la paix, Omar Harfouch appelle ainsi à préserver une exigence : que la protection des populations reste indissociable de la recherche des moyens d’éviter la guerre.

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