Guinée : France 24 coupée du pays après un tacle sur Mamadi Doumbouya

La Guinée a interdit la diffusion de France 24 après l’emploi du terme « président putschiste » pour Mamadi Doumbouya. La HAC a également retiré les accréditations des journalistes de la chaîne.

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La Guinée a interdit la diffusion de France 24 après l'emploi du terme « président putschiste » pour Mamadi Doumbouya. La HAC a également retiré les accréditations des journalistes de la chaîne. ChatGPT
La Guinée a interdit la diffusion de France 24 après l'emploi du terme « président putschiste » pour Mamadi Doumbouya. La HAC a également retiré les accréditations des journalistes de la chaîne. ChatGPT | Armees.com

La chaîne France 24 n’est désormais plus autorisée à émettre en Guinée. Le régulateur des médias guinéen a décidé de couper son signal et ses accès numériques après une séquence consacrée au président Mamadi Doumbouya. Une mesure particulièrement large, prise malgré les excuses et la correction annoncées par le média français.

Une interdiction de France 24 qui s’étend jusqu’aux accès numériques

Depuis le jeudi 17 septembre 2026, France 24 fait l’objet d’une interdiction de diffusion sur l’ensemble du territoire guinéen. La Haute Autorité de la Communication (HAC) ne s’est pas limitée à ordonner le retrait de la chaîne des bouquets de télévision. Dans sa décision n°032, qui constitue le document officiel à l’origine de la mesure, le régulateur prévoit également le blocage de ses services numériques. L’Autorité de régulation des postes et télécommunications est ainsi chargée d’empêcher l’accès aux sites, applications et flux de streaming de France 24, tandis que Canal+ Guinée doit interrompre son signal. Les accréditations accordées aux correspondants, envoyés spéciaux et autres collaborateurs de la chaîne ont également été retirées. La sanction est donc beaucoup plus large qu’une simple suspension temporaire d’un canal télévisé. Elle touche directement la capacité de France 24 à travailler et à diffuser ses contenus dans le pays.

Le différend remonte à une édition diffusée le 15 septembre. Un journaliste de France 24 avait alors utilisé l’expression « président putschiste » pour désigner Mamadi Doumbouya. Le chef de l’État guinéen avait effectivement pris le pouvoir lors du coup d’État du 5 septembre 2021, avant de remporter l’élection présidentielle organisée le 28 décembre 2025 et d’être investi en janvier 2026. La HAC a néanmoins considéré que le qualificatif employé par France 24 était inapproprié dans le contexte institutionnel actuel. Une mise en demeure avait d’abord été envoyée à la chaîne le 16 septembre. Le régulateur lui demandait notamment de rectifier ses contenus. France 24 affirme pour sa part avoir rapidement présenté ses excuses et corrigé la formulation à l’antenne et en ligne. Sa direction a indiqué regretter l’interdiction et poursuivre les échanges avec les autorités afin de retrouver l’accès au marché guinéen. La HAC estime au contraire que les mesures correctives demandées n’ont pas été suffisamment appliquées. Ces deux versions apparaissent donc au cœur du désaccord.

La situation des médias en Guinée de nouveau sous surveillance

L’affaire France 24 intervient dans un contexte déjà sensible pour les médias travaillant en Guinée. Un jour avant l’interdiction de la chaîne française, la HAC avait retiré l’accréditation de Mamadou Diawo Barry, correspondant permanent de Jeune Afrique, en invoquant des « manquements professionnels ». Le régulateur n’avait pas publiquement détaillé les articles concernés. France 24 avait elle-même déjà connu un différend avec les autorités guinéennes. En juillet 2025, une enquête de sa rédaction des Observateurs avait provoqué une protestation de la HAC, mais aucune interdiction générale n’avait alors été prononcée. La situation actuelle franchit donc un cap. Reporters sans frontières a critiqué les mesures visant France 24 et Jeune Afrique, estimant qu’elles affectent la liberté d’informer et l’accès des Guinéens à une pluralité de sources. Dans son classement mondial de la liberté de la presse 2026, RSF place par ailleurs la Guinée au 111e rang sur 180 pays, contre la 103e place en 2025. L’organisation estime que la pression exercée sur certains médias privés s’est accrue au cours des dernières années.

Cette tension médiatique accompagne une importante transformation institutionnelle du pays. Mamadi Doumbouya avait renversé le président Alpha Condé en septembre 2021 avant de conduire plusieurs années de transition militaire. Une nouvelle Constitution adoptée en 2025 lui a ensuite permis de participer à l’élection présidentielle du 28 décembre. Neuf candidats avaient été retenus pour ce scrutin, selon la Cedeao. Les résultats provisoires lui avaient accordé 86,72% des suffrages, tandis que plusieurs grandes figures de l’opposition se trouvaient hors du pays. Son investiture en janvier 2026 a marqué le rétablissement formel des institutions issues d’une élection présidentielle. L’Union africaine a notamment participé à la cérémonie d’investiture, tandis que la Cedeao a ensuite levé les mesures qui restaient en vigueur contre la Guinée. Dans ce nouveau contexte politique, le conflit avec France 24 pose désormais une question distincte : celle des conditions dans lesquelles les médias internationaux peuvent couvrir l’actualité guinéenne. La réponse dépendra notamment de l’issue des discussions engagées entre France Médias Monde et les autorités de Conakry. À ce stade, aucune date de rétablissement de France 24 en Guinée n’a été annoncée.

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