Alors que les Houthis renforcent leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb en contrôlant Mocha et l’île de Mayyun, Israël et l’Arabie saoudite développent une coopération militaire discrète axée sur le partage de renseignements. Cette collaboration technologique vise à répondre à une menace que les alliances traditionnelles peinent à contenir. Le partage de données ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) par le biais du CENTCOM américain illustre la convergence entre Jérusalem et Riyad face à un adversaire asymétrique.
L’importance des capacités ISR israéliennes face aux Houthis
Les Houthis ont récemment pris pour cible l’oléoduc Est-Ouest saoudien, un axe clé reliant le Golfe persique à la mer Rouge. Contrôlant Mocha et l’île de Mayyun, ils sont en position de perturber le trafic dans le détroit de Bab el-Mandeb, un passage par lequel transitent 6,2 millions de barils de pétrole quotidiennement selon l’EIA. La stratégie des Houthis repose sur la dispersion de leurs forces, l’utilisation de drones et de missiles anti-navires bon marché, et une mobilité difficile à détecter. Les forces saoudiennes éprouvent des difficultés face à ces tactiques, malgré une alliance multinationale lancée le 30 juillet 2026. Jean-Paul Ghoneim, de l’IRIS, indique dans Le Figaro que l’Arabie saoudite est isolée malgré ses alliances.
Israël, avec ses systèmes ISR avancés tels que les satellites Ofek et les drones Heron et Hermes, bénéficie d’une supériorité informationnelle. Le SIGINT et l’imagerie haute résolution permettent de suivre les mouvements des Houthis et d’anticiper leurs attaques. Selon i24NEWS, les discussions israélo-saoudiennes portent sur le renseignement relatif aux Houthis. Mansoor Qaisar, du Middle East Monitor, souligne que la Turquie et le Pakistan ne peuvent pas offrir les mêmes capacités qu’Israël, étant limités par leurs relations avec l’Iran.
Le CENTCOM facilite cette coopération en servant d’intermédiaire entre Israël et l’Arabie saoudite. Depuis l’intégration d’Israël dans sa zone de responsabilité en 2021, le CENTCOM a renforcé les échanges entre alliés régionaux sans relations diplomatiques officielles. Le commandant Brad Cooper a récemment souligné l’importance de la stabilisation de la mer Rouge lors d’une visite en Arabie saoudite. Grâce à l’architecture technique américaine, le partage sécurisé de renseignements est possible, fournissant à Riyad une couverture politique pour sa coopération avec Israël.
Organisation du partage de renseignement et initiatives communes
La coopération israélo-saoudienne se concentre sur trois axes majeurs. D’abord, la localisation des sites de lancement houthis grâce à une surveillance continue par satellites et drones israéliens. Ensuite, le suivi des mouvements logistiques, notamment les transferts d’armes en provenance d’Iran. Enfin, l’analyse des préparatifs d’attaques majeures grâce à l’interception de communications. Les capacités israéliennes complètent celles de Riyad, qui manque d’expertise analytique malgré ses satellites et drones chinois. Israël fournit des produits de renseignement élaborés, améliorant la planification des frappes et la protection des infrastructures critiques.
L’accord de La Mecque, signé avec la Turquie et le Pakistan en août 2026, n’a pas donné lieu à une intervention militaire de ces pays. Les relations avec Téhéran et les réticences internes limitent leur engagement. La coopération israélienne, discrète mais efficace, comble ce vide sans nécessiter de déploiement de troupes. Les forces saoudiennes bénéficient des données israéliennes pour anticiper les attaques et repositionner leurs défenses anti-aériennes, réduisant les délais entre détection et réaction.
Conséquences stratégiques : vers une reconfiguration régionale
Au-delà de l’aspect militaire, la coopération israélo-saoudienne pourrait relancer la normalisation diplomatique entre les deux pays, freinée depuis la guerre à Gaza. Un responsable israélien a suggéré que cette coopération pourrait élargir les accords d’Abraham, bien que Riyad insiste sur des avancées concrètes concernant la Palestine. Sur le plan régional, cette alliance redessine les alignements stratégiques, consolidant un axe anti-iranien. La menace sur le détroit de Bab el-Mandeb, vital pour le commerce maritime mondial, renforce la dimension globale de cette coopération.
Cette situation illustre aussi l’évolution des doctrines militaires au Moyen-Orient, où les capacités technologiques priment face aux menaces asymétriques. Israël, en exploitant son expertise, s’intègre dans l’architecture sécuritaire régionale, transformant son isolement diplomatique en atout stratégique. Pour l’Arabie saoudite, diversifier ses partenaires sécuritaires réduit sa dépendance exclusive des États-Unis, tout en maintenant une relation privilégiée avec Washington. La menace houthiste pourrait ainsi accélérer des recompositions géopolitiques que la diplomatie seule n’aurait pu engendrer, comme le souligne un article d’Armees.com sur les livraisons américaines à Israël.








