La destruction par Israël d’un vaste complexe souterrain installé sous la crête d’Ali Taher constitue un nouveau coup porté au Hezbollah dans le sud du Liban. Le site occupait une position stratégique à proximité de Nabatiyé et abritait, selon l’armée israélienne, des postes de commandement et des stocks d’armes. Cette opération modifie le rapport de force local. Elle ne suffit toutefois pas à conclure à une défaite militaire du mouvement chiite, qui conserve des capacités et des implantations dans d’autres régions du Liban.
Ali Taher, une perte stratégique majeure pour le Hezbollah au Liban
La crête d’Ali Taher était devenue l’un des principaux points de confrontation entre Israël et le Hezbollah au Liban. Située à environ 15 kilomètres de la frontière israélienne selon Reuters, cette hauteur d’environ 600 mètres domine une partie importante du sud-est du pays et se trouve à proximité de Nabatiyé. Sa localisation permettait notamment de relier les zones proches de la frontière aux reliefs de l’Iqlim al-Touffah, considérés depuis longtemps comme une importante zone logistique du Hezbollah. Après plusieurs semaines d’opérations militaires, Israël a annoncé début septembre avoir obtenu le contrôle opérationnel de la crête.
Le 10 septembre, l’armée israélienne a ensuite affirmé avoir détruit plus de deux kilomètres d’infrastructures souterraines. Selon elle, ces installations contenaient des missiles, des roquettes, des drones, des armes antichars, des mines et des explosifs. Un centre de commandement attribué à l’unité Badr du Hezbollah aurait également été découvert sous terre. Ces informations sur le contenu du réseau proviennent principalement de l’armée israélienne et ne peuvent donc pas toutes être vérifiées de manière indépendante. Reuters indique néanmoins que des sources sécuritaires libanaises faisaient déjà état, avant la prise du site, de la présence probable d’un centre de commandement et de dépôts d’armes à cet endroit.
Pour Israël, la disparition de cette infrastructure améliore considérablement sa position militaire dans le sud du Liban. Ali Taher constituait un point de passage entre plusieurs secteurs et offrait au Hezbollah une position dominante pour surveiller les environs et utiliser des armes de courte portée. La perte de la crête complique donc les mouvements du groupe et fragilise son dispositif autour de Nabatiyé.
Elle renforce également la profondeur de la zone tampon que l’armée israélienne dit vouloir maintenir pour protéger le nord d’Israël. Mais cette progression intervient dans un contexte extrêmement tendu. Malgré le cessez-le-feu conclu en juin, les frappes israéliennes et certains affrontements se sont poursuivis au Liban. Le ministère libanais de la Santé recensait au 10 septembre 2026 4.383 morts depuis la reprise des hostilités le 2 mars, et 8.950 morts depuis le 8 octobre 2023, sans que ce bilan distingue systématiquement civils et combattants. Plusieurs centaines de milliers de personnes restent également déplacées dans le pays.
Le Hezbollah reste armé, mais son environnement militaire et politique se dégrade
La destruction d’Ali Taher ne signifie pourtant pas que le Hezbollah a perdu toute capacité militaire au Liban. Le mouvement conserve des implantations plus éloignées de la frontière. L’Iqlim al-Touffah demeure notamment un secteur important dans son dispositif historique. La Békaa constitue elle aussi une profondeur stratégique pour l’organisation. Avant la chute de la crête, Hassan Jouni, ancien général de l’armée libanaise interrogé par Reuters, considérait déjà Ali Taher comme une infrastructure essentielle mais estimait que la question de son contrôle ne résumait pas à elle seule le potentiel militaire du Hezbollah.
La perte du site coupe néanmoins une liaison importante entre différentes zones du sud et réduit les possibilités d’action du groupe près de la frontière. Le Hezbollah paraît ainsi nettement plus vulnérable qu’au début de la séquence ouverte en octobre 2023. L’Associated Press souligne que plusieurs organisations soutenues par l’Iran ont subi d’importants revers au cours des conflits régionaux récents et qualifie le Hezbollah d’allié iranien fortement éprouvé par les opérations israéliennes. Parler d’une organisation militairement anéantie serait cependant prématuré. Le groupe conserve des combattants, des armes et un ancrage territorial au Liban.
La pression qui s’exerce sur le Hezbollah est désormais également politique. Le gouvernement libanais a officiellement affirmé en mars 2026 que les activités militaires et sécuritaires du mouvement devaient cesser et que les armes devaient relever exclusivement de l’État. Le président Joseph Aoun défend lui aussi le principe du monopole de la force par les institutions libanaises. L’armée est appelée à renforcer progressivement sa présence dans plusieurs régions du pays. À Nabatiyé, située à proximité immédiate d’Ali Taher, les inquiétudes liées à une éventuelle nouvelle progression israélienne ont par ailleurs provoqué des appels en faveur d’un rôle accru de l’armée libanaise.
Joseph Aoun s’est rendu dans la ville le 12 septembre avec plusieurs responsables sécuritaires afin de rassurer la population. Ce contexte montre que la question dépasse désormais le seul rapport de force entre Israël et le Hezbollah. Elle concerne directement l’autorité de l’État au Liban et l’avenir des armes du mouvement. La perte d’Ali Taher représente donc bien davantage qu’une destruction matérielle : elle accentue l’affaiblissement militaire et politique du Hezbollah. Elle ne permet toutefois pas, à ce stade, d’affirmer que celui-ci est définitivement vaincu.








