Alors que les sanctions occidentales visaient à paralyser l’économie russe, Moscou a trouvé un moyen de les contourner par Hong Kong. En 2026, la Russie a importé 100 tonnes d’or en sept mois, obtenant ainsi les devises fortes nécessaires pour financer ses opérations militaires en Ukraine. Cette route exploitée met en lumière une faille majeure dans le système de sanctions : l’absence de restrictions de la part de Hong Kong. Depuis 2022, des entités hongkongaises ont acquis environ 35 milliards de dollars d’or d’origine russe, soulignant l’inefficacité des mesures contre les intermédiaires tant que la destination reste accessible.
L’or russe : financements essentiels pour Moscou
Polyus sanctionné : réorientation vers Hong Kong
En 2023, les sanctions américaines contre Polyus, premier producteur d’or russe, ont forcé Moscou à réorienter ses flux vers Hong Kong. En effet, la région n’a jamais adopté les interdictions occidentales sur l’or russe. En 2025, la Russie a expédié 92,1 tonnes d’or vers Hong Kong, marquant une hausse de 42 % par rapport à 2024, pour une valeur d’environ 10,5 milliards de dollars. Les sept premiers mois de 2026 ont vu une accélération avec près de 100 tonnes, triplant le volume de la même période en 2025.
Devises fortes : clé du financement russe
L’or est crucial pour la Russie afin de convertir en devises occidentales, indispensables pour acheter des composants électroniques, équipements militaires et technologies à double usage. Malgré les restrictions bancaires, le commerce de l’or permet de générer ces liquidités. Avec un prix autour de 4 425 dollars l’once début septembre 2026, après un pic à 5 501 dollars en janvier, chaque tonne vendue rapporte plus de 140 millions de dollars, alimentant directement l’effort de guerre en Ukraine.
Contournement des sanctions par la Russie
De Dubaï à Hong Kong : évolution des routes
Jusqu’en 2024, Dubaï était la plaque tournante pour l’or russe. Cependant, l’inscription des Émirats arabes unis sur la liste grise du GAFI et le renforcement des contrôles bancaires ont rendu cette route moins viable. Hong Kong, avec son statut de port franc et ses liens profonds avec la Chine, est devenu un lieu stratégique. Stephen Law Cheuk-kin du Hong Kong Institute of Certified Public Accountants souligne : « La valeur unique de Hong Kong réside dans sa capacité à être le super-connecteur entre le marché de l’or de la Chine et les marchés internationaux. »
Substitution des intermédiaires : l’exemple de VPower et Horsemart
En juin 2024, le Trésor américain a sanctionné plusieurs entreprises hongkongaises impliquées dans le commerce de l’or russe. Bien que VPower ait disparu des listes de sécurité, les flux d’or ont continué grâce à des entités comme Horsemart Services. Cette substitution montre la facilité avec laquelle les réseaux peuvent se reconstituer dans un environnement réglementaire permissif, laissant intacte l’infrastructure commerciale et financière.
Opacité des flux : transparence des données
Contrairement aux idées reçues, ce commerce n’est pas clandestin. Comme le souligne Startup Fortune, « ce n’est pas un commerce caché. Il figure dans les données douanières et les registres d’expédition. » En 2025, les importations chinoises d’or russe ont bondi à 3,3 milliards de dollars, principalement au quatrième trimestre. En juillet 2026, Hong Kong a lancé un système de compensation connecté à la Bourse de Shanghai, renforçant son rôle de hub.
Limites du système de sanctions occidental
Juin 2024 : l’échec des sanctions ciblées
Les sanctions de juin 2024 visaient à perturber le flux d’or russe. Leur inefficacité montre une limite : frapper les acteurs ne ferme pas la route si la destination reste ouverte. Les entreprises sanctionnées se dissolvent, mais d’autres prennent le relais. Tant que Hong Kong ne rejoint pas le régime de sanctions, le commerce continue, épuisant les ressources de renseignement sans effet dissuasif durable.
Hong Kong, un sanctuaire stratégique
Hong Kong privilégie les priorités de Pékin face aux objections de Washington. Elle n’est pas seulement un hub commercial neutre, mais un instrument de la stratégie chinoise de dé-dollarisation. Sanctionner Hong Kong aurait des conséquences économiques massives : perturbation des chaînes d’approvisionnement, impact sur les banques internationales, et escalade diplomatique avec Pékin. L’alignement géopolitique sino-russe transforme ainsi une faille en vulnérabilité stratégique.
Conséquences stratégiques et perspectives
Résilience économique de la Russie
Le circuit hongkongais montre l’adaptation de Moscou aux restrictions occidentales. Cette résilience reflète une stratégie globale de diversification et d’intégration eurasiatique. Les sanctions, censées isoler la Russie, renforcent ses liens avec des puissances non-alignées et génèrent les liquidités pour maintenir ses capacités industrielles et financer ses opérations militaires.
Options pour Washington et ses alliés
Les États-Unis et leurs alliés pourraient sanctionner Hong Kong, imposer des restrictions secondaires aux banques, ou interdire l’importation d’or ayant transité par Hong Kong. Chaque option a des coûts élevés. Sanctionner Hong Kong déclencherait une crise avec Pékin, les restrictions bancaires accéléreraient la dé-dollarisation, et l’interdiction d’importation nécessiterait une traçabilité impossible. Washington doit choisir entre accepter le contournement ou risquer un conflit économique mondial. La route de Hong Kong montre un choix politique : jusqu’où l’Occident ira-t-il pour bloquer les financements de la machine de guerre russe ?








