Pourquoi l’Ukraine frappe Ozon, poids lourd russe du commerce en ligne

L’Ukraine multiplie les frappes contre des centres logistiques d’Ozon en Russie. Qui est ce géant du e-commerce et pourquoi son réseau intéresse-t-il Kiev ?

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L’Ukraine multiplie les frappes contre des centres logistiques d’Ozon en Russie. Qui est ce géant du e-commerce et pourquoi son réseau intéresse-t-il Kiev ? ChatGPT
L’Ukraine multiplie les frappes contre des centres logistiques d’Ozon en Russie. Qui est ce géant du e-commerce et pourquoi son réseau intéresse-t-il Kiev ? ChatGPT | Armees.com

Depuis le 22 août 2026, plusieurs installations logistiques d’Ozon ont été touchées ou évacuées face à des attaques de drones ukrainiens. Deuxième acteur russe du commerce en ligne, le groupe est devenu un rouage majeur de la distribution dans le pays. Son immense réseau d’entrepôts et de points de retrait représente désormais une vulnérabilité. Pour Kiev, frapper Ozon permet de faire peser le coût de la guerre sur l’économie russe et de perturber une infrastructure susceptible de contribuer indirectement à l’effort militaire.

Ozon, d’une librairie en ligne à un maillon essentiel de l’économie russe

Ozon est loin d’être un simple site marchand. Fondée en 1998 comme librairie sur Internet, l’entreprise a progressivement élargi son activité à presque toutes les catégories de produits : vêtements, électronique, électroménager, alimentation, équipements pour la maison ou encore produits professionnels. Son fonctionnement se rapproche aujourd’hui davantage d’Amazon que d’un distributeur traditionnel. Ozon accueille des vendeurs tiers, fournit des services logistiques et développe aussi ses propres activités financières avec Ozon Bank. Le groupe a même été introduit au Nasdaq en 2020, lors d’une opération qui avait permis de lever environ un milliard de dollars, avant que ses certificats de dépôt ne soient retirés de la cote américaine en 2023. Il reste aujourd’hui coté à Moscou. Reuters le présente comme le deuxième acteur russe du commerce électronique, derrière Wildberries.

Cette puissance repose surtout sur une infrastructure considérable. Dans ses résultats du deuxième trimestre 2025, Ozon annonçait avoir franchi le seuil des 60 millions d’acheteurs actifs. Le groupe revendiquait également plusieurs centaines de milliers de vendeurs et entrepreneurs utilisant sa plateforme. Depuis, son réseau a encore grandi. Au premier trimestre 2026, la surface cumulée de son infrastructure logistique dépassait cinq millions de mètres carrés et son réseau comptait plus de 85 000 points de retrait, selon des données publiées sur le développement logistique de l’entreprise. Cette organisation permet à Ozon de desservir une grande partie du territoire russe et d’absorber chaque jour des volumes considérables de marchandises. Elle constitue sa principale force commerciale. Mais dans le contexte de la guerre en Ukraine, elle devient également une faiblesse : de grands bâtiments fixes, dispersés sur des milliers de kilomètres, sont difficiles à protéger simultanément contre des drones à longue portée.

Pourquoi les entrepôts d’Ozon sont devenus des cibles pour Kiev

Le changement d’échelle est intervenu durant le week-end du 22 août. Un premier centre logistique d’Ozon a été frappé dans la région de Samara. Le lendemain, plus de 300 personnes ont été évacuées d’un site de la région d’Orenbourg après que des débris de drones ont touché des installations industrielles. Le 24 août, Ozon a signalé de nouvelles attaques dans le sud de la Russie. Un incendie a notamment entraîné l’arrêt des opérations à Makhatchkala, au Daguestan, tandis qu’un autre feu s’est déclaré sur un site situé à Enem, près de Krasnodar. Des centres d’Adygeïsk et de Nevinnomyssk ont par ailleurs été évacués par précaution sans être endommagés. Au total, Reuters comptabilisait le 24 août six installations d’Ozon ciblées en trois jours. L’offensive prolonge une campagne déjà menée depuis juillet contre Wildberries, le principal concurrent du groupe.

Pour l’Ukraine, l’enjeu dépasse la destruction de quelques entrepôts. Kiev cherche à accroître la pression sur une économie russe qui finance plus de quatre années de guerre et à désorganiser des réseaux logistiques particulièrement difficiles à remplacer rapidement. Le ministère ukrainien de la Défense inscrit ces attaques dans une campagne plus large contre les capacités économiques et logistiques russes. Les autorités ukrainiennes ont également soutenu, à propos des grandes plateformes de commerce électronique, que certains de leurs circuits pouvaient participer à l’approvisionnement en composants électroniques, matériels ou équipements utilisables par les forces russes. Cette dimension doit cependant être présentée avec prudence : il n’existe pas d’élément public permettant d’établir que les entrepôts d’Ozon frappés depuis le 22 août stockaient effectivement du matériel militaire. Lors des précédentes attaques contre Wildberries, le Kremlin avait déjà rejeté les affirmations ukrainiennes selon lesquelles ces réseaux participeraient directement à l’approvisionnement des forces armées.

L’effet recherché est aussi économique. Après l’annonce des nouvelles attaques, l’action Ozon a chuté de près de 30% à la Bourse de Moscou le 24 août, tandis que celle d’AFK Sistema, son principal actionnaire connu, reculait de plus de 13%. Cette réaction illustre la sensibilité des investisseurs à la vulnérabilité physique du réseau logistique russe. La multiplication des frappes contre les entrepôts a d’ailleurs conduit Vladimir Poutine à demander au gouvernement de préparer un programme d’aide à leur reconstruction. Le ministère russe des Finances a parallèlement élaboré des mesures fiscales destinées aux entreprises touchées, notamment autour de Wildberries. La bataille des entrepôts commence donc à produire des conséquences qui dépassent largement les bâtiments directement détruits.

Le statut d’Ozon intéresse également les Occidentaux. Le 23 juillet 2026, l’Union européenne a inscrit Ozon Bank sur une nouvelle liste de sanctions. Dans sa décision, le Conseil souligne l’importance de cette banque numérique sur le marché russe des paiements et considère le secteur bancaire comme une source substantielle de revenus pour l’État russe. Cette mesure faisait partie du 21e train de sanctions européennes, conçu pour renforcer la pression sur les secteurs financiers et économiques liés à l’économie de guerre russe. L’entreprise avait alors fait valoir que sa branche financière exerçait ses activités en Russie et ne détenait pas d’actifs à l’étranger susceptibles d’être affectés.

En ciblant Ozon après Wildberries, Kiev élargit ainsi la notion de cible stratégique. Il ne s’agit plus uniquement de raffineries, de dépôts de carburant, d’usines d’armement ou d’installations militaires. Les grandes infrastructures civiles qui structurent les échanges économiques russes sont elles aussi exposées. Ozon symbolise cette évolution. Son réseau est indispensable à des millions de consommateurs et à des centaines de milliers de vendeurs. Cette importance économique explique précisément pourquoi ses immenses plateformes logistiques sont devenues, aux yeux de l’Ukraine, un moyen supplémentaire de porter la guerre loin du front et d’augmenter son coût pour la Russie.

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